Taiwan publie les chiffres secrets des «petits cadeaux» portés la semaine passée par le ministre Li Zhaoxing à cinq pays d’Afrique : 260M$ ! C’est bien plus que les chiffres cités jusqu’alors, de l’ordre de 50M$ par Etat, pour 2 ou 3 ans – « les prix ont augmenté», commente un expert taiwanais ! Les Africains ne prennent plus la Chine pour le « frère tiers-mondiste», mais pour un Etat-marchand comme les autres. C’est ce que traduit le kidnapping de 5 techniciens chinois au Nigeria, pour obtenir rançon…quoique Pékin y investisse des MM$ en infrastructures!
Du 8 au 10/01, Ehud Olmert, 1er ministre israélien était en Chine, pour resserrer 15 ans de liens. Israël s’est spécialisé, face à la Chine, dans les fournitures high tech en énergie, agriculture, maîtrise du désert, ou défense (dont les ventes sont alors souvent bloquées par les USA. Les échanges bilatéraux atteignent 3MM$/an -un record, pour ce petit pays…Olmert était surtout venu plaider la fermeté face à l’Iran: que Pékin force son douteux allié à obtempérer à la résolution 1737 du Conseil de sécurité (23/12), et à geler sous deux mois ses programmes d’enrichissement d’uranium. Ceci, dans le sens des intérêts bien compris de Pékin : le Moyen-Orient est le pompiste du monde, Chine en tête. Or, sans stabilité, point d’or noir!
Fait très nouveau, l’avant-veille de l’arrivée d’Olmert, le Président Hu Jintao, avait rabroué Ali Larijani, l’émissaire iranien, adjurant publiquement l’Iran de faire à l’ONU une «réponse sérieuse». D’ordinaire hostile à toute sanction envers des Etats-« voyoux » (Iran, Corée du Nord, Soudan), la Chine avance dans ce sens, et fait pression —pour éviter le pire, un nouveau front style « Irak »… Les Etats-Unis aussi, d’ailleurs, pressent la Chine de «reconsidérer» sa commande imminente, à long terme, d’hydrocarbures iraniens, pour 16MM$…
Enfin, toujours plus dépendante du monde pour sa croissance (sa soif de compétences, de matières 1ères, de crédits, de marchés), la Chine voit surgir le fantôme des tentations de repli sur soi des US et surtout de l’Europe : elle ne peut plus se passer de leur confiance. Ce qui devrait l’inciter, disent les experts, à s’arracher à son inertie pour relancer la ronde de Doha de l’OMC. La Chine pourrait présenter bientôt des concessions tarifaires nouvelles, afin de contrebalancer l’influence protectionniste de l’Inde et du Brésil, les autres géants. Jusqu’alors, la Chine misait plutôt sur les accords bilatéraux. Doha a seulement jusqu’à l’été pour aboutir. Après, c’est la jungle. Pour Pékin, une course contre la montre semble engagée!
Ainsi, tous les signaux concordent : vis-à-vis du monde extérieur, la Chine, en très peu d’années, doit passer de 60 ans de pratique chauvine et idéologique, à un rapport plus convivial et responsable : nouvelle donne diplomatique, aux conséquences incalculables !
Sommaire N° 2