Sujet lié à la pollution et à la corruption, le gaspillage est un des défis où le pouvoir avoue le plus platement son désarroi et son sentiment d’échec, avec plus de sentiment d’urgence qu’en tout autre domaine. C’est que le gâchis fait rage au Céleste Empire, et faute d’être jugulé, il devrait imposer un frein à la croissance, en accélérant l’épuisement des ressources, et des crédits!
Exemple, les déchets urbains: 668 métropoles en produisent 150Mt/an, un tiers de la planète. Le chiffre a presque doublé de 1999 à ’05, alors que la population n’augmentait «que» de 43%. Or, seules 30% de ces ordures sont recyclées, le reste déversé en décharges -une de ces villes fut épinglée avec 7000 de ces dépôts plus ou moins sauvages ! Bilan, prédit le CCICD, institut de recherche économique : en 2020, la montagne d’immondices atteindra 400Mt, les ordures mondiales en 1997 ! Les villes ne pourront alors plus gérer. Ce qui manque : un cadre juridique, de la technologie, des investissements (un marché du recyclage), et beaucoup de contrôles sur le terrain – le respect de la loi !
Autre gaspi célèbre : une tour de 22 étages à Hangzhou (Zhejiang), construite pour durer « 100 ans », démolie après 13 ans au profit d’un « coup d’accordéon» foncier -20M² de perdus !
La Chine s’est dotée d’un plan ambitieux en développement durable pour 2006 : moins 4% de consommation d’énergie, moins 2% de pollution. Hélas, 25 provinces sur 31 n’ont pas atteint la norme, et au contraire, la consommation d’énergie a augmenté de 0,8%… Aussi la SEPA, l’agence nationale de l’environnement, a pris des mesures drastiques contre les plus choquants transgresseurs : tous les chantiers nouveaux sont bloqués pour quatre compagnies dont Huaneng et Datang, et quatre villes dont Tangshan -cette dernière, pour avoir ouvert 70 mini-aciéries polluantes dans l’année. De même, avec l’appui de la Banque centrale (BPdC), la banque centrale, elle veut que toute firme voie ses emprunts futurs conditionnés à un bilan environnemental satisfaisant… D’ailleurs, Xie Zhenhua, ex-patron de la SEPA, démissionné en décembre 2005, suite à la pollution catastrophique de la rivière Songhua, revient comme n°2 à la toute puissante NDRC, la Commission nationale de développement et de réforme, un des chefs d’orchestre de l’économie chinoise. En principe, c’est un renforcement de l’agence pour l’environnement!
Mais faut-il prendre ces intentions au pied de la lettre ? Ce n’est pas la première fois en Chine, que des décisions courageuses de Pékin sont contournées dans les provinces. La Chine ne vit aujourd’hui, que de son export et de son avantage-prix. Lesquels se paient en pollution… Et en gaspillage !
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