Depuis Deng Xiaoping, la Chine dit qu’elle ne rattrapera le monde riche, en matière de droits de l’homme, éducation ou défense, qu’en 2050, un rendez-vous unique. De même, en démographie, en dépit du planning familial, elle n’espère voir sa population commencer à décroître qu’après cette échéance, une fois passé le baby-boom des 200M d’enfants de Mao.
Or, cette foi vient d’être dynamitée par Cl. Laurent, démographe néo-zélandais.Ce directeur de Global Demographics (HK) conteste cette idée reçue, avec des arguments neufs. Selon lui, la pente serait déjà engagée depuis longtemps. Les 17M/an d’enfants des années ’90, voire 25M (en estimant les naissances « au noir ») ne seraient plus que 12,8M. Sa «preuve» : l’enrôlement scolaire, très précis en Chine. En attribuant à la Chine un taux de scolarisation de 92%, Laurent constate que les 95M de poupons de moins de cinq ans de l’an 2000, sont aujourd’hui 64M. La tendance se maintiendra : l’Etat veut garder au moins jusqu’en 2010 la règle d’un enfant par foyer. Sous un tel cahier de charges, les naissances seront 10M en 2017, 6M en 2026. Dès 2017, pour 100 nouveaux nés sur terre, 33 seront indiens, 6 seront américains, et 5 seulement chinois !
Pour les villes, les conséquences prévisibles sont bouleversantes. D’ici 2026, les jeunes de moins de 24 ans auront baissé de moitié (à 120M). Les villes qui croissent encore, sous l’influx de l’exode rural, seront alors suréquipées : d’où la pertinence de l’approche chinoise, incompréhensible à l’esprit occidental, qui préfère réaliser aujourd’hui ses équipements vite, et dans le non-durable. Les campagnes, elles, seront minoritaires dès 2009. Déjà urbanisée à 61% dès 2005, Canton aura atteint 75% d’ici 2020.
Dès 2010, disent d’autres experts, la Chine aura épuisé sa réserve de main d’oeuvre à bas prix. Selon un rapport de la CASS (Académie chinoise des Sciences Sociales) rédigé par Cai Fang, probable futur mininstre du travail, il n’y a plus que 52M de chômeurs ruraux, contre les 100-150M estimés hier. Ceci, pour l’avenir, réserve une mutation dans la pratique de la consommation, qui baissera en volume, mais augmentera en valeur et qualité. Dès maintenant, Coca Cola prépare la coupe de ses volumes d’embouteillage. La société vieillit aussi, et s’enrichit, se rapprochant du modèle occidental, bien plus vite que prévu.
Pour des dossiers tels le gaspillage d’énergie et la pollution, les implications de ce renversement ouvrent de nouvelles perspectives. Produisant moins et mieux, la Chine pourra choisir, imposer ses outils -c’est le cas, le 18/05, avec l’annonce de pénalité (taxes, crédits, droit foncier) aux mauvaises centrales électriques.
Seul souci grave, dit Laurent : la Chine devra gérer en 2026 une cohorte de 40M de gars sans filles, dû à l’avortement sélectif, mais aussi à l’hépatite endémique, qui disparaîtra avec la vaccination systématique.
Reste enfin le mystère: si Pékin est en train de gagner cette guerre, pourquoi le cache-t-elle ? Ignorance? Tradition millénaire de secret ? Pour commencer à communiquer, peut être cette culture devra-t-elle enfin « renverser Lin Piao et Confucius » – réviser son idéologie, et 2500 ans de pensée féodale !
Sommaire N° 19