Depuis neuf ans, Shao Xiaoshan, 26 ans, attendait sa chance. A 17 ans, ne doutant de rien, la jolie fille avait décidé de se faire actrice. Mais une fois sortie de son école ruineuse, et payés les agents escrocs, elle voyait filer le sable du temps, perdant ses années en rôles bouche-trou, sans toujours de quoi subsister… Jusqu’à ce jour de 2006, où elle «changea de cours, au pied du mont» (峰回路转 feng hui lu zhuan) – sa chance vint!
En tournage du Banquet, long métrage à gros budget, le réalisateur Feng Xiaogang «tombait sur un os»: pour l’obligatoire scène de nu, sa vedette Zhang Ziyi déclarait forfait, et n’en démordait pas! Comment trouver la doublure? Parmi 40 filles contactées, aucune ne convenait, ou ne voulait – même une prostituée, tirée de son bouge pour l’occasion, ne put en rien aider! Feng Xiaogang pensa à Shao Xiaoshan, connue comme le loup blanc parmi la piétaille du 7ème art pékinois. Une fois dénudé, son corps s’avéra le clone exact de celui de la diva. Sachant subodorer sa chance quand elle se présentait, l’actrice ratée ferrailla dur pour son cacheton, arrachant de haute lutte 19.000¥ pour trois jours de pose lascive. Sous l’objectif, elle fut très convaincante !
Les Athéniens s’atteignirent, quand Xiaoshan exigea de figurer au générique. Mesquins, les producteurs l’envoyèrent paître -c’était déjà bien assez qu’on lui paie une fortune pour montrer ses…
De rage, elle déposa sa doléance sur un blog branché : alléchés, des journalistes vinrent dénicher cette perle. Les producteurs ratèrent alors une occasion en or de se taire, en l’appelant pour lui offrir argent et insultes à la fois : elle posta leur échange sur internet et depuis lors, elle a son carnet d’interviews plein, des jours à l’avance! Fière d’avoir fait toute seule, mieux que les attachés de presse du film, Melle Shao vient de changer de plan de carrière. Avant le film, elle pensait prendre son chèque, et «se marier, puis filer en Amérique». Plus à l’aise maintenant, elle reste, et s’interroge, sur quoi publier d’abord : le livre de sa vie privée (poivrée), ou le press book de ses admirables hanches ?
Sommaire N° 38