A 34 ans, Wang Shiming, de Chongqing, est l’un de ces 8M de patrons privés -il a créé seul sa PME textile en plein essor. De ce succès, il est très fier, mais il le paie au prix fort. Il doit tout régler seul, la note d’électricité (au guichet local), choisir la prochaine collection, publicité ou le prochain emprunt. Résultat : de jovial, il devient stressé voire odieux. Les soirées de karaoké avec les amis ne le dérident plus. La nuit, il se retourne sur ses soucis. Au bureau, il angoisse sur tout et terrorise son personnel -telle cette secrétaire arrivée 5 minutes en retard, disputée au point de la faire s’effondrer en larmes. De sa propre violence, Wang est resté interdit : était-ce lui, ce monstre?
Tétanisé par cette alerte, il ne réagit pas le surlendemain quand arriva la vraie «tuile»: la fille de la compta venait de laisser filer un client fauché, avec un impayé de 100.000¥, sur lesquels il comptait pour couvrir une traite…
Alors, Wang a éteint son portable, et arrêtant le temps, s’est rendu à Huayan, temple bouddhiste voisin. Après un repas frugal, une nuit passée sur une natte, il s’est levé à 5 heures, Il a passé le jour à prier, écouter les sermons, discuter théologie, aider les moines dans leurs corvées, avant une douche froide et le coucher à 8h30.Il lui en a coûté
8¥ d’hébergement – c’est peu, pour retrouver la paix de son âme ! Avec lui, ils étaient 20 autres managers surmenés, à s’être retirés de la vie mondaine, ce week-end-là. Revenue au goût du jour, cette pratique antique se dit « faire le moine d’un jour» (做一日和尚, zuo yi ri heshang). Curieusement, le proverbe ajoute d’un ton acerbe, que c’est aussi «sonner la cloche d’un jour» (撞一天钟, zhuang yi tian zhong), c’est-à-dire s’enfermer dans le dérisoire, faute d’assumer son choix en entrant vraiment dans les ordres. Message un peu dur, et qui sonne ici plutôt taoïste : pour sortir de sa condition, il faut tout abandonner—comme le jeune homme riche de la Bible—ou bien accepter sa médiocrité !
Sommaire N° 30