Pour Apple Computer, les tracas commencèrent en juin dans le britannique Sunday Mail, par un reportage accusant les « travaux forcés » à Shenzhen, des 30.000 ouvriers aux chaînes de montage de l’Ipod, son légendaire baladeur numérique.
Le montage juridique était pourtant sans faille : Apple déléguait la fabrication au taiwanais Foxconn, via sa filiale cantonaise Hong Fu Jin. Mais rien à faire, l’affaire suivit son cours : le 15/6, China Business News (Shanghai) renchérissait, dénonçant les 15h.de labeur quotidien, souvent plus de 6 jours sur sept (à moins de 50 ²/mois), et l’emploi de mineurs—interdit en Chine. Apple envoya ses enquêteurs sur place: 10 semaines plus tard, Hong Fu Jin était absous de la charge de travail d’enfants, mais non de dérapages par rapport au code moral d’Apple, qui demanda une remise en conformité. Hong Fu Jin alors, fin août, porta la crise à son paroxysme en déposant plainte contre les deux auteurs du reportage chinois, réclamant 3M² de dommages. Or, immédiatement, la cour de Shenzhen sembla lui prêter foi, en obtenant le gel des comptes bancaires des accusés…
L’affaire est très suivie par l’opinion (2M d’internautes s’expriment sur leurs forums), du fait de la collision de plusieurs agents émotionnels.
[1] Comme bien des patrons locaux, certains étrangers (surtout Chinois de la diaspora, Taiwan ou Hong Kong) imposent aux salariés des cadences d’enfer, pour des paies indignes : trop souvent, la presse locale fait l’amalgame !
[2] Traquée par les coûts, Canton a du mal à résister à la délocalisation vers les provinces de l’intérieur, et lutte pour ses emplois. Hong Fu Jin en compte 200.000.
[3] Cette plus grosse affaire de diffamation dans l’histoire judiciaire chinoise, opposait deux puissances montantes —industrie (de Canton), et presse (de Shanghai) !
En fin de compte, Hong Fu Jin rabat (31/8) ses prétentions à 0,1² de préjudice moral, permettant à l’affaire de se dégonfler. Ce retour à la raison fut inspiré par la vigoureuse défense du journal (soutenu par toute la presse), par le client Apple, et peut être aussi par le pouvoir central, rassuré sur le sérieux d’Apple quant au respect du droit du travail sur son sol, et qui dès lors, n’avait rien à gagner à ce mauvais procès!
Sommaire N° 27