Le monde attend avec impatience de voir comment la Chine ouvrira son marché financier au 1er janvier 2007, selon sa promesse à l’OMC (l’organisation mondiale du commerce). La levée complète de la ‘grande muraille’ semble inconcevable, face à une banque locale loin d’être prête.
La « libération du secteur » que vient de proposer Pékin, confirme ce pressentiment. Elle ouvre à la concurrence un volet manquant de son secteur des capitaux, mais avec une entrave inédite, 1ère mondiale. D’autre part, cette finance chinoise en gestation ne se fait pas qu’avec des règlements, mais aussi par la gestion de la tutelle, qui autorise ou bloque à son gré les alliances de demain !
Le 29/8, la tutelle CBRC (China Banking Regulatory Commission) offrit à 30 banques étrangères, au 1er janvier 2007, le commerce du RMB aux particuliers, moyennant cette condition jamais réclamée auparavant : l’incorporation comme firme chinoise de ces agences jusqu’alors gérées de l’étranger. Pour être éligibles à la licence, les nouveaux groupes devraient avoir 97M² de capital!
La mesure semble le fruit d’un lobbying des 4 grandes banques publiques (53% du marché), et frappe les groupes qui prétendaient les concurrencer sous leur marque-« brand », tels Citibank, HSBC et Standard Chartered. Les autres, vivant de l’investissement financier et/ou visant une expansion via les banques locales, peuvent vivre avec. L’offre chinoise a donc pour but de :
– freiner les compagnies voulant imposer leur marque,
– permettre un meilleur contrôle de ces étrangères susceptibles d’attirer une forte épargne,
– diviser les étrangers, et accessoirement,
– écrémer une partie des candidats actuels à ce futur marché du RMB au comptoir.
NB : effet peut-être imprévu par la CBRC, cette future banque « incorporée » travaille avec son propre capital et non celui de la maison-mère, contre qui l’Etat ne pourra plus se retourner en cas de faillite !
D’autre part, l’ouverture imminente du marché bancaire, voit de nombreuses tractations, encouragées par l’Etat, pour faire naître des groupes hybrides, mutants nouveaux. 9 de telles entités mixtes ont émergé en 18 mois (35MM$ injectés), et 9 autres « au four », avec participation étrangère max de 20 à 25%. Ainsi, la Guangdong Development Bank a deux fiancés —un de trop :
– Société Générale associée à Sinopec, Baosteel, Shide et Caisse des Dépôts (Canada),
– ou Citibank avec COFCO et China Life. La seconde remise d’offres s’achève.
Le choix serait depuis longtemps fait. Cette alliance-là changera toute la donne : avec 501 agences chinoises à lui seul, contre 181 à la totalité des banques étrangères, le vainqueur jouera dans la cour des grands chinois, tout en sachant, lui, gérer ses avoirs !
Sommaire N° 27