— En apparence, on assiste à une embellie pétrolière entre Chine et Russie : le 19/7, la CNPC – la compagnie nationale pétrolière – a pris 500M$ de parts du groupe public Rosneft, à son entrée en bourse de Londres.
Le 9/8, Sinopec a pu racheter pour 4MM$, Urdgurtneft, gros gisement sibérien d’une Joint venture russe de British Petroleum (BP). Deux permis espérés depuis longtemps, d’entrée chinoise sur le marché russe des hydrocarbures.
Mais un regard en profondeur apporte des nuances. Sinopec est contraint de céder 51% de son gisement gratuitement à Rosneft, quitte à se rembourser sur les 1ères ventes. CNPC doit se contenter des 0,5MM$, après avoir réclamé pour 3MM$ – alors que BP, Petronas ont chacun reçu 1MM$…
Entre ces géants séparés par la culture et l’histoire, la prévention reste entière, confirmée par l’absence de progrès sur le dossier de l’oléoduc que Moscou veut diriger vers Nakhodka (Japon, Corée), et dont Pékin demande une patte d’oie vers Daqing (Heilongjiang)! Les accords de cet été ressemblent au minimum faisable, pour sauver les apparences !
— En 2002, La Mongolie Extérieure avait reçu le Dalai Lama, bravant le déplaisir du puissant voisin. Ce 21/8, il « remet cela » – pourquoi?
D’abord, en rappel de l’histoire et de la religion mongole, indissolublement liée à celle du Tibet. Puis par l’idée bouddhiste d’un pouvoir de faire évoluer les passions négatives, avec le temps, par la prière. En 2002, la Chine avait puni la Mongolie en coupant deux jours sa ligne ferrée vers le sud, et ses exports de cuivre, « marché captif ». Cette fois, elle s’est contentée de condamner la visite en termes vagues, et de retarder 12h le vol Pékin-Ulan-Bator du 23/8, prétextant “mauvais temps” -sous un soleil radieux ! En somme, “ça” s’est mieux passé cette fois – la Mongolie a vu juste!
— Imperceptiblement, Japon et Chine préparent l’après-Koizumi, et évitant les sujets qui fâchent, discutent sur les petites choses utiles—la grippe aviaire, par exemple.
Les industriels nippons, de même, ne vont pas sacrifier leur précieux marché chinois aux chaleurs nationalistes de leur leader sortant : Sony annonce 156 M² d’invest en Chine cette année, moitié en usines, moitié en logistique et recherche, pour développer sa production de téléviseurs et d’appareils photo numériques. Le géant d’Osaka, qui produisait l’an dernier pour 3,7MM² au Céleste empire, voit la Chine dépasser le Japon sous 2-3 ans comme son 1er marché.
Fuji de même, s’allie avec le chinois SVA pour produire des filtres colorés pour écrans LCD, et y investiront 211 M², dont 25% au nippon. Dans 15 mois, l’usine de 500 employés sortira 70.000 filtres par an, surtout destinés à NEC, co-investisseur, qui veut s’affranchir des équipementiers nippons faisant la loi sur leur marché.
Deux signes de l’industrie nippone de confiance en l’avenir chinois, et que « les chameaux aboient, la caravane passe »! r
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