Shengda, l’école de commerce de l’université de Zhengzhou (Henan), fréquentée par des fils de l’establishment, était le dernier endroit à attendre comme centre de violentes émeutes.
Et pourtant, le 15 juin à 23h00, tout éclata : 7.000 à 10.000 des 13.000 étudiants balancèrent par les fenêtres thermos, extincteurs, chaises, renversèrent la statue du fondateur. Ils sortirent dans les rues pour vandaliser voitures, boutiques et même une banque.
Face à des forces spéciales ceinturant le campus, les violences se poursuivirent tous les jours jusqu’au 20 juin.
La fatigue et les chaleurs, la proximité de l’examen de fin de semestre expliquent en partie cette rage. Mais
Shengda avait un motif en plus : c’était une de ces écoles repêchant, pour beaucoup d’argent (2500$), les recalés au bac, tout en leur promettant un diplôme de l’université de Zhengzhou, sa maison-mère, ce qui était incorrect par rapport aux étudiants plus studieux et doués. L’Etat avait ordonné, à travers le pays, de mettre fin à cet abus. Par manque de courage, le principal avait obtempéré, sans préparer les jeunes, dont le diplôme se trouvait dévalué, et les chances d’emploi réduites : dès 2005, 60% des 4,1M de la dernière promotion traînent à trouver embauche. La situation est donc bloquée. L’Etat ne peut faire marche arrière, sauf à institutionnaliser un abus affaiblissant la crédibilité de l’université. Les jeunes de Shenda ont renoncé formellement à l’action violente, mais boycottent l’examen, attendant la « restitution » de « leur » diplôme. Mais l’Etat se trouve face à une situation unique : c’est la 1ère série manifestation depuis le printemps de Pékin (1989) et elle est plus violente que les marches pacifiques de l’époque.
NB : l’instabilité à Shengda n’est pas la seule. Du 12 au 21/6, jusqu’à 9.000 autres étudiants de l’université du Sichuan (Campus Tiang’an) se livrèrent à des actes de vandalisme pour protester contre l’extinction des feux qui les empêchaient de suivre les épreuves nocturnes de la coupe du monde de football. Ces actions n’ont rien de politique pour l’instant-, mais néanmoins insurrectionnelle : excellent moment pour l’Etat, pour réagir avec doigté, ce qu’il semble faire, pour l’instant!
Sommaire N° 23