L’adoption unanime à Pékin le 14/2 (-2 abstentions) de la loi anti-sécession de Taiwan, ne pouvait que susciter des réactions.
Conscient des risques, Pékin multipliait les propos lénifiants à travers le monde : loin de signifier un raidissement, cette loi codifiant l’invasion de l’île en cas de séparation apporterait des bénéfices au Détroit, la paix et la protection des intérêts des compatriotes. En même temps, le Président Hu Jintao appelait l’APL, l’armée chinoise, à se «préparer »!
A l’intérieur, une rare censure éteint tout débat de l’opinion, de toute manière indifférente aux choses politiques, mais aussi souvent favorable à un retour inconditionnel de Taiwan à la patrie.
Dans l’île, la nouvelle a causé la consternation et relancé l’appel au soutien des alliés mondiaux, ain-si que le débat sur les moyens de défense.
Sans retard, les alliés tiers-mondistes de la Chine (Proche-Orient, Afrique, Amérique Latine) ont donné leur blanc-seing à la loi sans tarder, tandis que la Russie assurait Pékin de sa « compréhension ».
La plupart de l’Asie Pacifique s’inquiète. Japon, Australie, voire Corée du Sud expriment le projet de renforcer leur coopération de défense régionale avec les USA qui décrivent la loi comme inadéquate (unhelpful).
L’inconnue, est la réaction de l’Union Européenne.
Paris et la Commission de Bruxelles (Javier Solana, patron de la politique étrangère) rappellent leur soutien à la réunification chinoise et tentent de maintenir une cloison entre cette loi, et la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine, normalement prévu pour le sommet euro-chinois de juin. Mais le vote de l’ANP, le Parlement chinois, a «compliqué les choses», selon le 1er Ministre luxembourgeois, Président de l’Union Européenne jusqu’en fin juin 2005. Car dès juillet, cette levée sera plus incertaine, sous une présidence britannique moins favorable, soutenue par un front du refus de petits Etats-membres.
Finalement, ce vote pékinois semble avoir joué le rôle d’un ballon d’essai, auquel a suivi une mise en garde. Il a permis à Pékin de reprendre l’initiative sur la question taiwanaise, qui lui échappait depuis dix ans -Taipei menant le dossier, de scrutin en scrutin. Mais ce réveil chinois entraîne les deux bords dans des courants mal balisés, sous les regards sourcilleux du monde!
Sommaire N° 9