Petit Peuple : Mariage acheté, célibat libéré

— En Chine comme ailleurs, les jeunes nubiles rêvent d’âme-soeur, et souffrent de solitude, qu’ils vivent comme une malédiction.

Nouveau riche, Da Fuyu réfléchit au moyen le plus efficace de quitter cette condition : il recruta He Xin, avocat célèbre pour ses talents d’entremetteur. Ayant reçu carte blanche, He dépensa 0,3M² en annonces dans la presse de 5 villes notées pour leurs filles canons (Pékin, Shanghai, Chengdu, Chongqing, Changsha), précisant les critères requis : plus d’ 1m 63, entre 18-23 ans, vierge, et belle à (沉鱼落雁闭月羞花, chen yu luo yan, bi yue xiu hua) «faire se pâmer le poisson dans son étang, et l’hirondelle en vol». Dès la 1ère semaine, vu la fortune miroitée, 600 dossiers étaient reçus à l’étude du maître-marieur. Parmi les photos les plus enjôleuses, Da Fuyu retint 80 filles qu’une à une, l’avocat rencontra, pour en écrémer les trois-quarts. Dans ce harem, le nabab s’est donné 6 mois pour faire son choix, puis signer le chèque d’un mariage à éclipser tous les records du Gotha chinois. Ce qui frappe dans cette méthode philistine, est sa négation de l’imagination et du hasard, terreau de l’amour. La femme sera objet, ou ne sera pas.

En cela, Da et He récusent fièrement la tradition romantique occidentale, et l’émancipation, en cours en Chine, de «la moitié du Ciel»! La liberté et créativité si absentes de cette bourse des mariages, c’est en face qu’il faut les chercher: au club des célibataires, 光棍协会 guanggun xiehui, qui fête en Chine sa 4ème année. Grâce à son site web, ils sont 3000 à agrémenter leur solitude, jouer au foot, au mahjong, chanter au karaoké, suer en danseuse dans les côtes du Yunnan ou s’enivrer à la Bierfest de Qingdao.

Grâce aux Guanggun, le célibat n’est plus la honte des familles, mais un hédonisme, une détente, un art de vivre que le club résume en sa devise d’une concision taoïste: «réduire notre nombre, prendre notre pied»!

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