A la loupe : Dongzhou—une bavure exemplaire

Un rare dérapage policier s’est produit à Dongzhou (Canton) le 6/12. Trois morts selon Pékin, 33 disent les témoins. Histoire classique d’expropriation d’un terrain pour construire une centrale électrique, et d’indemnisation détournée. Faute de cet argent, Dongzhou refusait la cession de son sol. Le gouvernement local choisit la manière forte : 2000 soldats anti-émeutes tirèrent à la mitraillette -on parle aussi d’un tank. La ville fut ceinturée, des 10aines de résidents arrêtés. Un témoin évoque une exécution sommaire.

Détail significatif du changement de mentalité: loin de céder, des villageois contactèrent la presse étrangère, des journalistes purent recueillir témoignages et photos. Après quatre jours, la presse locale évoqua le drame, avec profil très bas – mais tout le monde sait quand même tout ! A travers la Chine, 50 intellectuels ont émis sur la toile une lettre ouverte réclamant des comptes à propos de cette violence publique, et de sa censure.

Entre deux feux, obligé de soutenir une bavure qui n’est pas de son fait, l’Etat central tente ce blackout, mais en même temps interpelle le commandant responsable.

Hu Jintao vient de demander à toutes les autorités de dédommager les victimes de toutes les catastrophes des dernières semaines. Le Quotidien du Peuple rappelle que 3M de paysans sont expropriés par an, soit 50M de Jean-sans-terre et 10M sans ressources.

Le 14, Xinhua dénonce « ces autorités locales causant des crises par leur âpreté au gain ». Et le pouvoir avertit les firmes de payer, avant le Chunjie, leur dû aux travailleurs migrants

Autour du silence sur le drame de Dongzhou, tous ces messages sont autant de signaux rouges clignotants, évoquant un débat crucial au sommet, avec pour enjeu, la bonne réponse du régime à cette crise rarissime : son image populiste en dépend.

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