En décembre 2004, le rachat de la branche ordinateur d’IBM par Lenovo fut salué comme une étape de l’entrée chinoise au club industriel mondial, en raison du montant record (1,75 MM$) de la transaction, et du symbole de cette marque, synonyme de l’ordinateur personnel.
Mais le 24/1, le Comité US des Investissements Etrangers remet le deal en cause, en imposant 45 jours d’enquête sur ses implications stratégiques, et de vérification du statut privé du groupe pékinois: Washington redoute les fuites de technologie militaire, depuis IBM en Caroline du Nord. Or, cette procédure est rare: à ce jour, le Comité n’en a mené que 22, dont l’une, en 2003, força Li Ka-shing, taipan Hongkongais proche de Pékin, à renoncer à Global Crossings, firme de télécom.
En tout état de cause, à terme, le feu vert à la fusion appartiendra au Président G.W. Bush.
L’incident éclaire l’activité chinoise sur le front de la collecte d’ informations industrielles ou stratégiques, et leur dissémination auprès de régimes dits ‘inamicaux’. En 20 ans, les US ont déjà édicté des 10aines de sanctions contre des entreprises d’Etat pour transferts de technologies sous embargo – le dernier cas remonte au 18/1, contre 7 firmes proches de l’APL– l’Armée populaire de libération- pour ventes illicites à l’Iran.
Question de fond : la fusion IBM-Lenovo vise une synergie entre un groupe global high tech mais déficitaire, et un émergent à grand marché et à salaires moindres. Ce modèle est aussi appliqué en Europe (Philips, Thomson) – et pour l’heure, une de leurs seules chances de survivre à cette phase de développement. Or, c’est précisément cette synergie qui rebute le sénat américain, réticent à laisser la Chine contrôler un savoir-faire à application militaire : les intérêts politiques (nationaux) et commerciaux (globaux) divergent.
Notons ici que l’Union Européenne ne partage plus ce choix US, et s’apprête à abandonner d’ici l’été l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine : dès 2003, ses exports d’armements vers la Chine doublaient à 416M².
Le hasard veut qu’en même temps, la CCB – la Banque de la construction – renonce à la bourse de New York, suite aux nouvelles exigences comptables des américains (cf p.2).
Tous ces éléments se ramènent à la pression chinoise (commerciale, industrielle, boursière) hors frontières, dynamisme échevelé couplé à une absence de loi. Sous cet angle, l’enquête US est légitime : s’agissant de l’achat du 1er groupe détenteur de brevets au monde, il s’agit d’évaluer, une bonne fois, les conséquences !
Sommaire N° 4