— Capitaliste de Chengdu, à 42 ans, Yuan Changgui commit 10 ans plus tôt la faute qui fit en même temps sa fortune et son désespoir.
En 1995, ouvrier d’une compagnie artisanale de décoration, il se sauva avec les 7000¥ du patron. C’était le seul faux pas d’une vie autrement exemplaire, ce qui explique que son chef n’ait pas porté plainte.
En clandestinité, Yuan se fit restaurateur et réussit, amassant 10.000² en un an, grâce auxquels il créa son affaire de voitures d’occasion. Mais plus il prospérait, plus l’oeil était dans la tombe et regardait Caïn – sa faute l’obsédait, inoubliable. Tous les 7/11, date du forfait, il se saoulait dans l’espoir vain d’échapper au remord, retournant tard chez lui, balbutiant cette pauvre défense : «ce n’est pas moi !».
En affaires, chat échaudé, il évitait le contact de toutes gens d’une probité douteuse. Quand sa famille déménagea pour une villa toute neuve, il fuit durant 40 jours, s’estimant indigne d’un tel luxe… En 2005, exaspérée de le voir instable, «tête pleine de pluie et nuages» (一头雾水, yi tou wu shui), sa femme le convainquit de saisir le taureau par les cornes: dans la presse locale, Yuan demande pardon à l’ex-boss grugé, espère rendre l’argent, et «un châtiment compatissant» (手下留情, shou xia liu qing). En fin de compte, ce qui pousse Yuan dans cette auto-flagellation rare, est ce doigt inflexible d’une morale confucéenne millénaire, présente chez tout Chinois. Simplement un peu plus taraudante chez lui que d’autres !
Sommaire N° 38