Le 21/11, des milliers de Harbinois dormirent dehors par 0°C, après avoir vidé les commerces de boissons. La mairie venait d’annoncer la coupure de l’eau courante, pour «vérification des tuyaux», et les gens avaient soupçonné qu’on leur cachait «un séisme, force 6, sur l’échelle de Richter!»
La vérité apparut 24h après : suite à l’accident de l’usine pétrochimique n°101 de la CNPC (la compagnie nationale pétrolière) à Jilin (13/11), une nappe de 80km de benzène dérivait sur la Songhua vers Harbin, atteinte le 24/11 à 5h du matin !
Par la suite, si le système avait montré ses faiblesses en prévention industrielle, et en communication (n’ayant pas hésité à mentir pour couvrir des fautes), par contre, le plan de secours s’avéra parfaitement à la hauteur. Par 10aines de milliers de tonnes et 10aines de camions, l’eau potable arriva en suffisance. 5 dépôts de distribution d’eau furent ouverts dans la ville, et les prix bloqués, tandis que bains publics, écoles et car-wash restaient fermés. La contamination (air/eau) fut mesurée toutes les 4h, les résultats publiés par la SEPA – l’administration de protection de l’environnement. 10 hôpitaux furent en alerte. Maîtres et professeurs se relayèrent par téléphone et internet pour préparer leurs étudiants.
Tout ceci évita la panique, mais non des débordements: trains, avions ou bus devinrent inaccessibles avant 8 jours. De même, un nombre inconnu d’usines profitèrent de l’occasion pour rejeter leurs effluents en toute impunité.
Au nord, la Sibérie russe s’inquiéta. Mais, dit la SEPA, le problème est allégé par la distance : la marée grise ne devrait atteindre Khabarovsk (600.000 habitants) que vers le 6/12, et fort affaiblie… Entre les 2 régions, on parlait d’établir une ligne de «téléphone rouge» !
Cette crise et sa gestion révèle deux dysfonctions.
[1] Le régime vient d’accuser des contradictions entre le niveau provincial (qui cache ses fautes) et le nat’l qui les expose.
[2] Poussée par l’objectif d’occuper son marché, la CNPC investit beaucoup en production, peu en sécurité. Le hasard veut qu’à Dianjiang (Chongqing) le 24/11, un accident comparable ait eu lieu, avec déversement de benzène dans un cours d’eau et déplacement de 6000 paysans.
C’est dire que l’affaire de Harbin n’a rien de fortuit, et que certaines bases de la croissance chinoise ne sont pas si solides. Aucune ville de Chine n’est à l’abri d’une coupure d’eau courante ou d’une pollution grave. Lors de l’annonce de la catastrophe de Harbin, Wen Jiabao ne disait rien d’autre en rappelant que la Chine doit désormais viser une croissance «durable »!
Sommaire N° 38