Atterrissant le 21/11 à Pékin, Manfred Nowak, observateur de l’ONU (Organisation des Nations Unies) sur la torture, reçoit deux privilèges qui ne furent jamais accordés auparavant :
le droit, 12 jours durant, de se présenter dans la prison de son choix, et d’y interroger le détenu qu’il souhaite, hors d’écoute de tout cadre chinois, et (selon les assurances du régime), qu’aucun condamné ne puisse être châtié pour son témoignage. .
Renonçant «faute de temps» à l’étape au Shandong, Nowak visite des prisons de Pékin, du Tibet (Lhassa) et du Xinjiang (Urumqi et Yining), ces deux dernières régions aux fortes tensions. A Lhassa, le rapporteur veut étudier les décès suspects de 5 nonnes incarcérées en 1998—Free Tibet évoque la maltraitance de prisonniers soupçonnés de séparatisme. Pékin laisse l’homme des Nations Unies agir —peut-être convaincu qu’il ne reste rien à découvrir. Dans cette ouverture, Nowak voit « une prise de conscience croissante ».
La maturation se trouve dans les deux camps : le rapporteur prépare pour la Chine des recommandations mesurées, réalistes et à long terme. Sous réserve d’inventaire, ce tournant explicite un investissement de la Chine sur les Nations Unies (cf. colonne centrale), le malaise d’un Etat confronté à une justice et un système carcéral inefficaces -et sa volonté d’avancer. Peut-être exprime-t-il aussi la tentation d’un formidable coup de pied de l’âne aux Etats-Unis : Nowak vient d’annuler une mission identique aux USA (base de Guantanamo), faute d’assurances données par Washington sur sa liberté d’enquête.
C’est ainsi que les Etats-Unis qui dénoncent régulièrement le totalitarisme chinois, se retrouvent face à l’ONU (face au monde) dans un rôle ingrat, comparés à une Chine en «chevalier blanc».
Sommaire N° 38