Petit Peuple : Hong Kong/Chongqing, 1 pays, 2 pleureuses

En Chine, le métier de pleureuse est discret, mais vital à l’heure de la mort.

Entre Hong Kong et le continent,  les différences d’interprétation de cette tradition sont manifestes, justifiant un possible nouveau slogan : “1 pays, 2 pleurs”!

Sur le Rocher, Dai Ximei a porté son art au sommet de la virtuosité, exigeant chaque jour de longues vocalises. Sa prestation compte 4 mouvements:

dies irae -cris déchirants à genoux, frappant des mains au sol,

récitatif pathétique d’eulogie et formules rituelles,

climax tragique (envolées lyriques d’insoutenables sanglots),

decrescendo, mélopée de tendres souvenirs, et sombres accès de douleur poignante. Pour ce requiem de 2h, aidé (vu l’âge, 76 ans) d’un magnéto, Dai touche 2000HK$ par prestation!

A Chongqing, Ke Zejuan gagne 10 fois moins, pour un concert plus fruste, mais tellement plus vrai! Pas de décibels d’emprunt chez elle, mais du soul, un blues qui la fit reconnaître dès ’75. Alors jeune mariée, elle pleurait la perte de son mari-truand, condamné à perpète : subjugué par la puissance fauve des hurlements, devinant le succès en perspective,un agent des pompes funèbres l’engagea -début d’ une carrière légendaire! En oct.’05, en tentant la belle, affolé de captivité, son mari trouva la mort. A sa crémation, l’entourage attendait de la veuve un concert inoubliable, pour saluer l’âme au ciel (zai tian zhi ling,在天之灵):il n’eut droit qu’à un couple de soupirs. Mais le lendemain,sa stupéfaction ne connut plus de bornes, quant au prochain client, Ke fit une mater dolorosa plus grandiose que jamais. Alors, pour son mari, avait-elle eu le coeur sec, et avait-elle réservé son organe, pour ceux qui  paient? Ou bien avait-elle, par pudeur, préféré honorer son homme hors commerce?  Même pour les proches de Ke Zejuan, l’ambiguïté reste entière !

 

 

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