Parlant du style de la rentrée politique, on doit aujourd’hui citer Willy Lam, l’expert «China-Watcher».
On a noté (cf nos n°s précédents) la série de redressements d’abus dans les villages, et de gestes d’ouverture, telle la proche réhabilitation de Hu Yaobang, tribun de la réforme politique. A cette liste, vient s’ajouter (11/9) l’abandon du secret d’Etat, concernant les victimes de catastrophes naturelles.
Pour W. Lam, de tels gestes visent moins une modernisation du système (une remise à l’heure des méthodes du Parti et de ses cadres), qu’un jeu de pouvoir, afin de placer ses hommes et circonvenir ceux qui lui furent imposés par son prédécesseur. Hu Jintao réhabilite Hu Yaobang, mais son équipe (Luo Gan, disciple de Li Peng, Zhou Yongkang, ministre de la sécurié publique), à l’ inverse, tente de bloquer la parution d’ un testament spirituel de Zhao Ziyang, l’autre grand réformiste disparu. D’autres campagnes de harcèlement auraient abouti en juin à l’emprisonnement de Zhu Jiuhu, avocat des centaines de propriétaires pétroliers du Shaanxi, spoliés l’an passé de leurs MM¥ d’investissements.
Jusqu’à quel point se vérifie cette thèse du pouvoir personnel? Elle mérite en tout cas d’être méditée. D’autres conflits sociaux se poursuivent aujourd’hui, avec intervention supérieure, mais sans qu’on puisse voir s’il s’agit d’arbitrage, de soutien ou de répression. Depuis l’été à Canton, les villageois de Taishi réclament la démission du maire Chen Jinsheng, accusé de vol des fonds de leur coopérative. Le maire disposait de solides appuis: l’administration l’a longtemps soutenu, arrêtant les manifestants et refusant d’enregistrer la plainte. Le 12/9 enfin, elle engage la procédure. Mais le jour même, la police attaque, arrête 48 villageois et repart avec les livres de compte, preuve des frasques du maire. Tandis que les avocats de cette cause ou d’autres similaires, se voient harcelés, mis en garde-à-vue, et généralement «conseillés» de se tenir à l’écart…
Face aux émeutes qui prolifèrent, l’appareil est divisé. Les «pas en avant» peuvent aussi être lus comme des compromis tactiques, moins désirés que subis par le régime, imposés par une base qui évolue. Qu’intellectuels et juristes viennent défendre les ruraux, ne peut être bien vécu partout dans l’appareil. Le silence au sommet, y compris sur le prochain Plenum du Comité Central d’octobre, suggère un affrontement sur l’éternelle question de la Chine moderne – celle du rythme de passage vers plus de libertés !
Sommaire N° 29