Traînant en pantoufles dans leurs hutongs (les ruelles pékinoises), les pépé chinois pourraient faire croire qu’ils s’ennuient.
Rien n’est plus faux: après une existence insipide «pour le peuple», ils exigent de passer l’automne de leur vie selon leurs rêves, dans un monde jalousement exclusif!
A Liaoyang (Liaoning), suivant une manie contractée 17 ans avant, Yue Suxian, cheffe du comité de quartier, recueillait les chats du quartier. Dans les terrains vagues, Yue leur bâtissait des homes dont le confort et la sophistication faisaient sa fierté. Les 500¥ de sa pension y passaient, comme tout volume libre au frigidaire, squatté par la pâtée. C’est d’ailleurs cette intransigeance au service félin qui causa sa perte.
Ayant vu que ses 80 greffiers adoraient se repaître dans l’obscur, elle enfourchait son biclou chaque nuit pour aller les nourrir. Jusqu’au jour où elle fut écharpée par un conducteur qui prit la fuite. Ajoutant l’insulte au crime, un passant dépouilla la morte de son vélo. Face à l’effondrement de 50 ans de vie partagée, Jia Guihai, le mari eut alors 3 réactions successives. Le désir de vengeance lui fit insérer un appel de 10.000¥ à la délation du chauffard et du larron, gens sans foi ni loi, 良心被狗吃了(liang xin bei gou chi le, «dont la conscience a été mangée par le chien»). Puis par respect de l’oeuvre de l’épouse, il voulut nourrir les chats, qui fuirent son approche.
Enfin, les voyant dépérir, il orchestra sur internet la plus géante adoption féline de l’histoire du pays. Faisant placer les chats l’un après l’autre, il restaure la sérénité du couple, chez la défunte comme chez le veuf!
Sommaire N° 23