La Chine perce aussi en lutherie classique.
Domaine inattendu, puisque ses instruments et sa musique ont évolué historiquement dans des sens tous différents de ceux de l’Occident, inventant d’autres harmonies, timbres et tessitures. Mais trop de facteurs favorables jouent, pour faire reprendre par la Chine à l’Ouest ce métier traditionnel:
[1] Les techniques de fabrication du erhu, du zhen ou du pipa sont proches de la lutherie occidentale.
[2] Le Chinois n’a jamais oublié la musique classique jouée sur son sol avant 1949. Il exprime le besoin d’art, et d’Occident : pour la famille moderne, que son enfant étudie le piano est signe de statut social.
[3] L’artisan chinois est excellent copieur, capable de vite assimiler les gestes du facteur d’instrument.
[4] La lutherie est un métier à forte valeur manuelle ajoutée, qui va mal avec la mécanisation : la main d’oeuvre chinoise inépuisable trouve ici un terrain idéal.
[5] Avec tous ces atouts, la Chine est nécessairement la moins chère, prête à ne faire qu’une bouchée d’un marché mondial pour des instruments de qualité passable mais en hausse constante.
Aussi, à présent, deux tiers des violoncelles, pianos, et cuivres créés au monde sont made in China soit, en 2004, 370.000 pianos, et 0,9M d’instruments à vent.
Sous les coups de boutoir de la «furia cinese», les prix mondiaux sont cassés de 60%. Il ne reste de place que pour les meilleurs : quand Steinway fait 5000 pianos l’an pour 200M$, Xinghai en vend 40.000, pour 80M$!
Bientôt, le marché mondial, avec sa hausse de 1%/an, sera saturé : mais la Chine a son plus fort potentiel chez elle, avec 38M pianistes, et seulement 1% des foyers équipés, contre 20% en Union Européenne et Etats-Unis. La demande est déjà bien là : 8000 pianos par an rien qu’à Pékin, et +10% par an : voilà ce que coûte de reboiser l’âme humaine !
Sommaire N° 15