Ils sont 20 sur 25 des géants mondiaux de la santé à avoir ouvert des filiales chinoises, tablant sur ce marché «captif» (croyaient-ils), d’1,3MMd’humains aux besoins de santé aussi urgents qu’ailleurs.
En chemin, ils attendaient le piratage : il fut bien au rendez-vous, mais accompagné, plus récemment, d’un allié qu’on croyait révolu— l’administration, en valse-hésitation entre le franc-jeu des règles de l’OMC, et le protectionnisme.
Mi-septembre, Pékin réitère au sous-secrétaire US au Commerce Grant Aldonas sa promesse de renforcer la guerre à la contrefaçon. Mais trois mois avant, le SIPO, bureau national des patentes, révoquait la licence du Viagra de Pfizer, écoutant les 17 groupes chinois qui dénonçaient son « manque de nouveauté » et son absence de « description détaillée ».
Depuis, le SIPO, avec la SFDA (tutelle des produits de santé) attribue le certificat de conformité au produit des challengers, qui créent leur JV de pub et vente (mais non de production, car une production déléguée leur ferait perdre leur licence, remplacée par celle de la JV: or, dans ce club, « confiance, mais point trop n’en faut! »).
Pour son célèbre remède à l’amour défaillant, Pfizer a dû avaler d’autres couleuvres, s’étant vu souffler le nom taiwanais de Weike («grand-frère») par Viaman, pour sa recette basée sur une molécule différente. D’autre part, le Viagra ne se vend en Chine qu’en hôpital, où les hommes n’osent venir avouer leur impuissance : pour ces raisons, les ventes n’ont pas été « à la hauteur », même si depuis peu, 2000 pharmacies le distribuent.
La rupture du brevet inquiète les pharmaciens étrangers, soucieux de leurs 2MM$ d’invest local, sur un marché de 10MM$/an. Pfizer a fait appel, et Washington assure que la question figure parmi les litiges bilatéraux à régler.
D’autant que ce cas de « débrevetisation » n’a rien d’isolé : Glaxo vient d’être contraint à lâcher un des trois brevets de l’Avandia, son remède-phare contre le diabète.
Malgré tout, la «production pirate légale» n’est pas pour demain : l’attribution de la licence de production attendra au moins un an, si jamais. A ce point, Pékin réfléchit avant de sauter le pas. Pfizer se dit confiant de gagner en appel : la Chine soupèse très soigneusement les pour et les contre de sa démarche, consciente du mauvais message actuel, et de ses implications pour le climat d’investissement dans le secteur – et tous les autres!
Sommaire N° 34