A Hegang, hameau de 100.000 âmes au coeur du Heilongjiang, la tradition fut cause du désastre qui va suivre!
Pour une raison obscure, Zhang avait rompu avec Liu. Ses parents avaient arrangé un mariage avec Chen, autre gente damoiselle. Chez les Zhang, les guirlandes rouges étaient tendues, le banquet dressé (3 jours de labeur pour la maisonnée), les convives réunis : il ne restait plus au jouvenceau, suivi des fifres et tambours, qu’à aller chercher Chen. Hélas, il fut accueilli par un clan fruste, inamical, déterminé à lui infliger un rigoureux 迎亲 ying qin, «accueil de la promise», en l’occurrence un bizutage.
D’ordinaire, l’épreuve se limite à des questions salaces, un chant d’amour à la belle, la quête d’un escarpin caché. Ici, l’affaire alla beaucoup plus loin. Planté dans la toundra, sous la bise, il subit les questions peu fines tombant des fenêtres, celle de la moto promise en dot ou celle du cash à remettre «à la place», avant de pouvoir rêver à son précieux butin. 2 heures après, le futur beau-père croyait spirituel d’exiger que Zhang s’agenouille dans la neige (par -30°) : sentant la moutarde lui monter au nez, le prétendant tourna les talons, s’éloigna sans un mot. Il alla droit chez Liu, son ex. Sous la musique enthousiaste des violoneux, il lui offrit de l’épouser – là, maintenant! Stupéfaite mais vive à la détente, elle acquiesça. «Alors change toi – à la minute!» De retour au foyer, ses parents ne furent pas peu choqués de cette substitution de fiancée. Ils durent pourtant garder leurs objections pour eux : question de face, et puis la nouvelle promise était aussi avenante que l’autre chichiteuse… La noce eut lieu! Pendant ce temps chez les Chen, on se disputait ferme. Ils n’avaient à s’en prendre qu’à eux-mêmes :木已成舟, mu yi cheng zhou, «quand le navire est bâti, impossible de reprendre le bois !»
Sommaire N° 28