Le 1er juillet, tandis que S. Hussein comparaissant devant son juge en Irak, splashait les écrans de TV, à Hong Kong, une scène décisive passait inaperçue. Durant 5h, la RAS vivait la plus grande manif depuis 1989, 530000 marcheurs en T-shirts blancs sous la chaleur torride, scandant leurs slogans dérangeants, «le pouvoir au peuple».
Par rapport à la manif historique de 365 jours avant (réveil de HK, après 6 ans de transfert sous souveraineté chinoise), la capacité de mobilisation avait augmenté de 6% !
Ce n’était pas faute, pour Pékin, d’avoir tenté de remonter cette pente. En un an, des MM$ ont été déversés sur le Rocher, par des milliers de touristes chinois par jour (visas individuels, nouveauté!).
L’accord commercial CEPA a été signé, ouvrant de fortes concessions de marché. La Chine finance aujourd’hui 90.000 emplois à HK, tient 20% de la banque et de la bourse, 25% de la marine…
Politiquement, ces derniers jours, des paroles fleuries avaient été dites, offrant la fin de 15 ans d’interdiction de séjour à Martin Lee, le leader de l’opposition, décrié comme traître jusqu’à hier.
Mais l’opinion hongkongaise reste -inévitablement- intraitable. La liberté une fois goûtée, ne se négocie pas. Hong Kong exige, et Pékin refuse, le suffrage direct pour le Gouverneur et son Parlement (Legco).
Pour Pékin, c’est donc un échec sans appel à 7 ans de tentative de subjugation douce.
Devant la perspective d’élections partielles du 12/9, où malgré un système « bidouillé », l’opposition pourrait prendre le contrôle du Legco, ce qui pour Pékin, serait la fin du monde. L’avenir semblerait donc un typhon à l’horizon, à moins que…
7 années ont forcé l’opposition à mûrir et conclure, avec formidable pragmatisme : il n’y a pas d’alternative, à vivre avec Pékin. Dans une lettre ouverte aux leaders du PCC, la veille de la marche, M. Lee tente d’apaiser leurs deux angoisses : plus question de séparatisme, ni d’exportation vers Canton du militantisme démocratique.
Pékin étant elle aussi en quête d’interlocuteur non fantoche à Hong Kong, les conditions semblent soudain remplies pour négocier : c’est -peut-être- une page d’histoire qui se tourne, et en tout cas une alternative -la seule—au cataclysme!
Sommaire N° 25