En pleine trêve du Chunjie, la Chine est demeurée inerte face aux crises déferlantes d’Irak et de Corée: stratégie d’attente, qui lui permet de gagner du temps, et de réserver ses options :
[1] En annonçant (5/2) la relance de son réacteur nucléaire « à des fins pacifiques », Pyongyang fit monter la pression. Aux demandes de Séoul et de Washington, pour que Pékin envoie une mission en Corée, ce dernier refusa net, causant la déception de ses alliés. Mais le Politbureau garde la vieille crainte de précipiter l’effondrement du régime stalinien, qui déstabiliserait ses frontières,et il reste fidèle à sa ligne anti-intervention.
Cependant, selon l’information bizarre parue dans Yazhou Zhoukan, Pyongyang et Pékin, en 2002, se seraient mutuellement démantelés des réseaux d’intelligence : indice de la minceur de la marge d’influence chinoise !
Enfin, suite à la réactivation du réacteur, Tokyo veut placer 2 croiseurs anti-missiles Egée près des côtes coréennes, et l’AIEA va siéger en urgence le 12/2 : le temps travaille contre Pyongyang. Face à une initiative internationale désormais inéluctable, la Chine aura du mal à rester passive!
[2] Le même jour (5/2) à NY devant l’ONU, Colin Powell présenta ses preuves des efforts de Bagdad pour cacher aux inspecteurs ses armes de destruction de masse. Inébranlable, le min chinois.
Tang Jiaxuan réaffirma sa position : «les inspecteurs n’ont pas abouti, et souhaitent continuer », et «le monde veut résoudre la question …dans le cadre de l’ONU…même s’il n’y a qu’un faible espoir d’une solution politique». Dans le camp des colombes, figuraient aussi Allemagne, Russie et France (3 membres du Conseil de Sécurité) dont le ministre D. de Villepin qui demanda le « doublement ou triplement des inspecteurs », et de ne passer à l’action militaire «qu’une fois tous les autres moyens épuisés».
Mais en face, les faucons se renforcent : 8 (nouveaux) pays de l’Union Européenne et un groupe de candidats à l’OTAN viennent de se ranger sous la bannière US, rejoints par le Japon. Loin d’être isolés, les US peuvent obtenir les 9 voix nécessaires au Conseil de Sécurité, pour faire passer une 2de résolution soumise par Londres – peut-être dès cette semaine.
On voit le parallélisme des situations. Par leur intransigeance, Bagdad et Pyongyang mettent la pression sur Pékin qui, à l’instar de Tokyo, aura toujours plus besoin de l’or noir du Golfe Persique-et toujours plus de mal à justifier un veto au Conseil de Sécurité!
Sommaire N° 5