· Voici le temps des friandises hivernales,savourées sur les lacs gelés,dans les ruelles,sous le soleil et le vent glacé. Mais ces délices s’adaptent mal aux temps modernes. La yangrou chuan’r, brochette d’agneau à la braise est bannie depuis des ans, sacrifiée sur l’autel de la propreté de l’air -elle survit en catimini dans des kiosques munis de simulacres de hotte aspirante. Le
tanghulu, brochette d’azeroles (pommes d’amour) caramélisée fait gronder le législateur, fâché des poussières sur le vernis de leur sucre candi : le camelot est supposé cacher d’un sac, l’arbre de Noël écarlate sur son porte-bagages… Dernier sur la liste des cibles à abattre : le baishu
, patate douce sous la cendre, se voit reprocher par les services d’hygiène, son brasero fait d’un baril recyclé- et s’il avait contenu goudron ou pesticide?
Ce rejet de tous les mets hivernaux de rue, n’est pas un hasard. Il exprime le recul du goût du risque – et avec lui, du goût tout court : la Chine moderne refuse l’adage xiang chi re baozi, bie ba tang, «pas de pain-vapeur, sans brûlure». Enfin riche, le citadin tire un trait sur son passé trop humble- il jette ses jouets, ses saveurs d’enfance ! Enfin, cette rupture dit aussi que wu fei tu zou, « le corbeau vole et le lièvre court »: les temps changent !
Sommaire N° 2