· Profitant de la "semaine d’or" de la fête nationale durant laquelle se concentre le gros des ventes du semestre, «Etoiles et Lune», chaîne d’ameublement du Jiangsu a bombardé dans les médias cette surprenante promotion: «avec l’armoire à glace, emportez la bonne!». 2.500Y d’achats donnaient droit à 20 heures de repassage, balayage et cuisine. Un montant plus élevé arrondissait le crédit d’heures. Portée sur la gouaille, la rue n’a pu s’empêcher de broder sur un slogan célèbre des années 1950. Au lieu de dire que la femme porte la moitié de l’univers, c’est " nüren ding banbian jiaju", la femme porte la moitié des meubles, que disent les Shanghaiens. L’affaire a bien marché -160 foyers ont bénéficié de l’offre-, mais elle a suscité un froncement de sourcils à la Fédé des Femmes, et inspiré un forum dans son journal. Les unes s’inquiétèrent d’un retour à "l’esclavagisme", et de la dégradation du statut du personnel de maison traité de "Baomu" -bonnes, terme colonial. D’autres applaudissent, voyant la formation donnée à ces centaines de paysannes fraîchement débarquées de leurs campagnes dans les maisons des nouveaux bourgeois, et du travail d’agence de placement, joué sans en avoir l’air par le marchand de meubles. Questionnées, les ménagères avouent se moquer éperdument de la manière dont on les nomme, pourvu qu’elles travaillent. Cette promotion nouvelle et intéressante trahit l’étourdissant dynamisme du pays de tous les possibles, mais aussi le formidable écart qui se creuse entre riches et pauvres, réminiscence du capitalisme à deux vitesses de la Shanghai des années ’30.

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