Editorial : Le dragon se meurt, d’une morsure de serpent !

Ce lundi, la Chine se replie sur le nid ancestral pour affronter le  chunjie, fête du Printemps (24/1): ne comptent plus que famille, amis et soi-même-moment rare ! En 40 jours auront eu lieu 800M de voyages, dont 90% par bus (Pékin-Shanghai en 16h par autoroute, ouverte depuis 2 mois), et seulement 7,3M par avion. Les transporteurs font fête: 30% de hausse spéciale pour train/avion, et 100% dans les bus!

Mais au fait, comment  chongdian, «recharger les batteries», dans cette société encore peu habituée aux loisirs? Les choix sont parlants. Humble et volontaire, une fraction refuse le repos et étudie (stage d’anglais, de compta…) pour s’élever socialement: c’est le zao bi tou guang, «percer le mur (du voisin) pour voler la lumière» (pour lire!). D’autres saisissent l’ultime chance de «laisser leurs erreurs au XX.», et se font pardonner par des présents, livrés par l’entremise d’une géniale messagerie des cadeaux d’excuses. Cadeaux dont les changements, par rapport à ’99, évoquent l’évolution rapide des moeurs: agendas palm, téléphone et PC portables, cartes téléphoniques, billets de loteries (qui font maintenant 40% de leur chiffre annuel), vivres, posters propitiatoires écarlates et dorés, CD de pétarades (ersatz des pétards interdits en ville), décorations. Fruits et fleurs sont en chute libre (trop bon marché), mais on craque pour des folies tels ces tromblons espagnols «antiques», vendus comme des petits pains 4000Y pièce à Shanghai… Avec des MM$ de chiffre en quelques jours, le commerce aura doublé dans les villes, faisant reculer d’1 à 2% l’indice de déflation du mois. Une attention très «in», est la présentation des voeux aux amis sur l’écran de leur tél. GSM, ou l’offrande «pour un an» d’une plante en location. La notion de cadeau glisse vers un sens neuf -moins pour l’argent, plus pour le ludique, le sentimental!

Le pouvoir de son côté, multiplie bonnes résolutions et gestes de fermeté. Condamné à 18 ans, un leader du printemps de Pékin, Zhang Jie est libéré six ans à l’avance, ainsi qu’un instituteur en prison à vie en ’89, pour avoir maculé le portrait de Mao place Tian An Men. Même chance pour deux condamnés, innocentés -l’un reçoit 107.000Y, pour ses 9 ans de vie gâchée en prison. On exécute aussi: deux séparatistes ouighours au Xinjiang, six voleurs à Hainan -sept kidnappeurs, de femmes dans le Jiangsu, dix autres bandits à Shijiazhuang (Hebei)…  sha jixia hou, « tuer le poulet pour avertir le singe »!

Pour rétablir la confiance de l’investisseur à la veille de l’entrée à l’OMC, (à quoi ne s’opposent plus que deux exigences chinoises, de subventionner son agriculture et de protéger son marché de l’assurance), Pékin promet (sic) de «ne plus jamais faillir aux dettes étrangères de ses Cies financières publiques ».

Autre rendez-vous phare de l’année, les Olympiades de 2008, où Pékin part favorite devant Paris en vertu de deux arguments-chocs:

– plus grand peuple du monde,

– n’ayant jamais abrité les JO.

Enfin, le serpent, 6ème des 12 branches terrestres, n’apporte pas que des choses rassurantes.

Signe de la méditation voire de la religion, sage et intense, amoureux de la justice, il est aussi hostile, dit la tradition, aux taxes lourdes du paysan. Par sa capacité de dissimulation et sa vanité, il peut tenir la puissance en échec. C’est enfin le signe de la mue, des changes, comme le rappelle l’avant-dernier cycle, en 1977 (1ères manif. de l’après Révolution Culturelle), et le dernier en 1989, avec le Printemps de Pékin.

Face aux vertus inquiétantes du serpent, le pouvoir trouve néanmoins un allié, par ses vertus d’agronome et de guérisseur (ici, l’aspic chinois rejoint l’européen, avec le symbole du Caducée). Il comptera peut être surtout sur ses propres forces, à commencer par 156MM$ de réserves- de quoi panser bien des plaies, du moins celles qui se soignent par l’argent !

 

Avez-vous aimé cet article ?
Note des lecteurs:
0/5
0 de Votes
Ecrire un commentaire