Un mois de mai par plus de 30°C ne fait rien pour rafraîchir les humeurs, et rappelle une vérité peu connue: avec 16M de stressés, la Chine est tendue. Elle en compte en fait bien plus: le monde des écoles l’est à 30%, soit à lui-seul 100M.
Pour aider ces insomniaques, déprimés à refaire surface, la Chine ne dispose que de 13.000 psychiatres contre 200.000 aux USA. Jusqu’aux années ’80, la science de l’âme était interdite. Le retard se comble lentement, mais les cadences industrielles s’affolent, et les danwei meurent, dégorgeant par M des travailleurs sans avenir.
D’où ce marché prometteur de lendemains qui hurlent : celui des bars psychiatriques, pour dafaleijing (faire tonner l’éclair) – cracher la vapeur. Dans ces endroits très « in », on se défoule à coup de poing, de pied et de marteau en polystyrène, contre un pantin. De son côté, le centre psy, à 30/50Y/h, offre aux citadins la délicieuse (re-) découverte de la confession sans risque, et du conseil «pro» désintéressé. Les experts médicaux avertissent-«Danger ! La plupart des psys manquent de diplôme comme de formation, et le métier n’est pas réglementé! »
Cette évolution est une bonne nouvelle : le chinois prend conscience de ses besoins psychologiques, y investit un peu de temps et d’argent – il se complète. Ce progrès ne va pas encore jusqu’aux campagnes, où l’on se suicide plus qu’à la ville, les jeunes plus que les vieux, les femmes plus que les hommes, ces dernières totalisant (selon la Banque Mondiale) 56% des suicides féminins mondiaux – il y a encore bien du chemin à faire !
Sommaire N° 23