Editorial : Trêve du premier mai – un des 10.000 mariages du jour en Chine

Suivant un rituel immuable, se prononçait dans une ferme de Hancheng (Shaanxi), un des dizaines de milliers de mariages du 1er mai en Chine -la date la plus prisée pour les unions. Bardée de guirlandes, un couple de mariés miniatures sur le capot, une VW rouge (couleur de bon augure) attendait au portail. La maîtresse des cérémonies commença par balayer vivement le pourtour de la voiture pour en chasser les esprits.

Puis elle jeta noix, bonbons, cacahuètes et jujubes en grêle sur le toit. Geste propitiatoire riche de sens : la jujube est symbole de longévité et l’arachide, de fertilité. Ensuite, elle cingla la VW d’un fouet à bestiaux. Les démons une fois subjugués par cette prophylaxie animiste, la mariée sortit en  qipao (robe longue et haute, ouverte sur une jambe) écarlate, et courut pliée en deux vers la sécurité de la ferme, protégée par les crépitements interminables d’un chapelet de pétards. A l’intérieur, l’humble banquet, résultat du labeur des femmes depuis 3 jours, attendait sur les tréteaux.

Avant les agapes, restait une épreuve à franchir. Au balcon, une porte close narguait les coups et prières d’un groupe d’assiégeants, parmi lesquels le père du mari. Par dessus, au fenestron, trois hommes menaient la résistance : « on ne passe pas »… A l’intérieur, se trouvaient les cadeaux: TV, un de ces gros radiocassettes immuables des campagnes, verres et cruches, édredons, biscuits – simples choses. «A quoi jouez-vous là?», m’enquéris-je auprès d’un défenseur – jeune laboureur au teint hâlé, dont le veston explosait autour des biceps et pectoraux.

« On n’en sait rien », fut sa réponse candide, « mais y’a pas de mariage sans ça chez nous ». Il ne pouvait mieux dire. Cette saynète était une parmi 1000 farces réinventées à chaque mariage, que les amis jouent ou imposent aux époux, comme pour leur faire payer le prix de l’abandon de leur célibat. A d’autres mariages, on a pu voir le couple contraint à feindre l’union charnelle, danser sur la table du banquet, ou aspirer au goulot d’une bouteille plastique, dans laquelle étaient plantées 20 cigarettes allumées. A Hancheng, le sens du fabliau était transparent: dans la maison du père, se jouait le combat d’arrière-garde pour la virginité de la promise. Et surtout, loin des soucis des grandes villes, on faisait la noce, comme dans toutes les campagnes du monde.

 

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