Institutrice à Hepu (Guangxi), Zhang Yaochun avait choisi en 1995 d’entrer dans la police, pour mieux s’acquitter de ses devoirs de citoyenne. La désillusion n’en fut que plus amère: son commissariat, sous l’angle du respect des lois, s’avéra vite plus proche des Ripoux que de Julie Lescaut. Comme ses collègues abusaient à qui mieux mieux, débarqua de Pékin en juin ’98, la jilujiancha (Commission de vérification de la discipline): son sang ne fit qu’un tour, elle n’hésita pas à tout "balancer" – trafics d’armes, jeux d’argent mal acquis et amantes financées par les amendes. Les fauteurs furent bien punis, mais les limiers durent bien repartir: Zhang «la moucharde», fut mise au ban, menacée de morts imaginatives, et copieusement calomniée. On ne lui confia plus rien à faire, pas même (surtout pas!) les tampons du service… Dès lors, son sort semblait aussi scellé que celui du poisson du proverbe
fu di you yu («au fond du pot, le poisson nage »): en juillet criblée de mauvaises notes (retard, fautes de service), elle fut congédiée. Depuis, ses maints recours, attirent davantage l’attention de la presse que de la justice. A qui veut l’entendre, Zhang émet sa digne plainte : "cracher dans sa soupe, était déjà grave. Mais le faire comme femme, ça ne se pardonne pas!"
Sommaire N° 16