L’explosion de l’école de Fanglin (Jiangxi), (06/03) a causé 41 morts dont 37 enfants (+/- 10 ans). Le 7 mars, China Daily notait que dans les 4 classes volatilisées, les enfants confectionnaient des pétards. Le 8/03, Zhu Rongji rectifiait: un désaxé était responsable. Toutes les routes vers Fanglin avaient été bloquées-mais les parents, par téléphone, ont confirmé à la presse que leurs enfants se livraient à ce travail obligatoire, sans paie, au nom du slogan: « assurer sa subsistance à l’école ».
Ce genre de drame n’est pas rare: en 2000, des centaines d’élèves sont morts en chargeant des pétards. Signe d’un chancre qui gagne l’Asie entière -rien qu’en Chine, les écoliers- manoeuvres seraient 5 à 8,5 millions, et les enfants hors de l’école, 5M. Le problème provient en partie de la faiblesse des moyens du pouvoir qui ne brasse,en taxes et impôts, que 20% du PNB. Pour joindre les deux bouts, les écoles vivent d’expédients. A la campagne, elles font les récoltes. A Shanghai, les maîtres vendent des oeufs durs ou des sorbets dans les rues. A Pékin, les écoles louent ou gèrent, sur leur sol, boutiques et restaurants. Le chiffre d’affaires de ces firmes scolaires ou universitaires était de 37 milliards de dollars de 1991 à 1995, soit 6MM$/an en moyenne, avec une « croissance » de 33%/an.
Les enfants de 2001 paient le poids du passé. Durant la Révolution Culturelle (1966-76), les écoles ont fermé 10 ans. A la reprise, les maîtres furent remplacés par d’autres, sans diplômes. Ils sont encore 3M dans ce cas. Entre-temps, pour les provinces prospères ayant vécu des décennies sous la solidarité obligatoire, il est difficile d’accepter l’idée d’une redistribution, seul moyen d’assurer un revenu décent à toutes les écoles et d’en éradiquer la pratique des taxes (en argent ou corvées) sur les enfants.
Cette année, le poste «éducation» est en hausse de 28%, à 2,66MM$. Grand effort, mais qui reste loin des 4% du budget national, promis cinq ans plus tôt « d’ici 2000 ».Comparé à la masse des 285M scolarisés (97%), le nombre des accidents est réduit. Mais ils ont invariablement pour décor la campagne : la vraie alarme est là, portant moins sur la sécurité que sur l’écart croissant des chances d’éducation. En ’98, les 24M d’enfants en maternelles étaient surtout citadins -les autres, effectuant un faux départ irrattrapable dans la course à l’université. Ainsi, ils privent la Chine de cadres qualifiés, qui lui font dès maintenant cruellement défaut, et surtout de la couche de consommateurs solvables -rendant urgent un changement de cap en investissements scolaires!
Sommaire N° 10