Le verdict des urnes est tombé, installant au pouvoir, avec 39% des voix, Chen Shui-bian, l’avocat de 49 ans (de l’indépendantiste DPP).
A-bian devient maître des destinées de cette île de 22M d’habitants, 19ième puissance commerciale, sans existence diplomatique.
Pour Taiwan, c’est une étape de croissance, et un cap houleux à franchir! L’île cesse de s’assimiler au parti au pouvoir depuis 1949 par Chiang Kai-chek. Tout devra être redéfini, à commencer par l’identité insulaire, qui ne pourra plus être celle de «province nationaliste».
Pékin était assez conscient des enjeux du scrutin, pour l’avoir suivi en direct ce Week-end, en session du Bureau Politique.
Pour le socialisme chinois, la chute du compagnon de lutte (rival et frère jumeau, depuis les années 1920) ne peut être que bouleversante. Sa réaction, sur le fond sera partagée entre la volonté de maintenir la pression, et celle de laisser ses chances à la nouvelle donne.
Un dialogue est offert, par Chen, avec ouverture réelle, puisque l’ex- turbulent activiste se dit prêt aux plus grandes concessions: ne parle plus de revendication d’indépendance (mais celle d’une «souveraineté autonome»), ni (pour l’instant) de référendum de sécession, et offre un dialogue immédiat au sommet, voire de renoncer formellement à un Etat taiwanais, «si le peuple l’accepte en référendum».
Seule concession hors de portée: la reddition sans condition, par la reconnaissance de l’appartenance de l’île à «une seule Chine»…
En politique intérieure, les choses sont plus claires: pas de bouleversement.
La privatisation de l’Etat KMT se poursuivra, selon les lois du marché – une fois la bourse guérie de ses fièvres. Au nouveau cabinet, Chen devrait reprendre une poignée de portefeuilles-clés, ET dans lesquels il a des «têtes»: économie, affaires étrangères, intérieur. Les autres, comme la défense, resteraient à leurs titulaires (si compétents!), qui mettront une sourdine à leur carte du KMT -voire, se rallieront!
Sommaire N° 9