A la loupe : Pétrole — branle-bas avant tempête

[1] La flambée des prix du pétrole (triplé en un an, à 30USD/baril) se fait sentir en Chine, qui a importé 38Mt en 1999, et compte en rentrer 42M en 2000. D’où une remontée des prix industriels en janvier 2000, la première après 31 mois.

Pourtant, rappelle l’Office Statistique, "ceci ne reflète aucune embellie des performances des entreprises, ni de la consommation…."

[2] Cette hausse mondiale est peu répercutée sur le marché chinois des produits raffinés (+30% en janvier): les raffineries (la CNPC) produisent à perte – épongée par leurs profits de 1999.

Si, le 27 mars, les pays de l’OPEP reconduisaient leur quota tronqué depuis un an de 2,1Mb/jour, la Chine n’aurait d’autre choix que d’imposer une hausse bien plus sévère, au détriment de sa reprise,voire de sa stabilité sociale:les signaux d’alarme résonnent, et de vieux projets ressortent, tels celui de la réserve nationale, dont personne ne veut, car "stocker", en ce pays socialiste, rime avec "accaparer" et "spéculer".

[3]La pénurie mondiale est conjoncturelle: l’OPEP,comme ses clients, a besoin de stabilité, et la ressource est abondante. Il en va autrement en Chine, avec ses bassins déclinants à l’Est (Daqing), insuffisants et inaccessibles à l’Ouest (Tarim), faute d’oléoducs. Sa production de 160Mt/an va donc baisser, alors que sa stratégie énergétique, d’ici 2050, prévoit une demande de…3 à 3,75MMt/an (!!!) en pétrole ou équivalent en GNL, sur la base d’une dépendance pétrolière de 50% contre 23% en 1999, et d’un bond  en arrière du charbon, de 75% à 35%, dans un souci écologique. Objectif audacieux, qui n’est réalisable que par l’ouverture rapide, des frontières- la fin des monopoles!

[4] C’est dans cette optique qu’il faut voir la restructurationjuste achevée, guère convaincante– des deux grands pétroliers Sinopec et CNPC.

 

Sous leurs filiales, Petrochemical, et Petrochina, l’un prépare l’entrée imminente en Bourse de New York, l’autre vient d’y déposer son offre initiale de souscription pour 7MMUSD. Ils le font pour trois raisons :

a)        Par opportunisme: dans l’espoir (incertain) d’avoir leur part de la "bonanza"spéculatrice mondiale. Quoique même les valeurs sures pétrolières, synonymes d’expertise et de saine gestion, s’effritent en Bourse face aux valeurs "émergentes" du type «start-up», (cf. col de gauche): Royal Dutch Shell, n°2 mondial a vu en 2000 ses parts s’effriter de 13%.

b)       Il leur faut cet argent et celui des banques (tel ces 1,2MMUSD prêtés par la CCB à CNPC), pour rembourser leurs dettes, pour investir dans les nouveaux gisements/ équipements (tel ce gazoduc Lunnan (Xinjiang) –Shanghai, 4200km), pour mettre à pied leurs M d’employés excédentaires, pour moderniser la vente au détail. En somme, pour occuper sur base concurrentielle tous les créneaux de leur marché, dans une perspective "OMC".

c)        Ce qu’ils ont de meilleur à vendre en Bour-se étrangère, est le partage de ce marché!

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