Editorial : Une réforme atypique : celle du cinéma

Peter Lohr, producteur américain de films en Chine, explique sa démarche comme une « tentative de reconquérir les chinois, en les amusant« . On le comprend : 78% des citadins ne fréquentent jamais les salles obscures, préférant regarder leurs VCD au foyer : moins cher et surtout (grâce au piratage) bien plus varié et ouvert!

A leur tour, les deux tutelles (Ministère de la culture et Régie de la Radio/Film/ TV) tentent de régénérer le 7ème art chinois par une réforme peu usuelle, tant le cinéma, art pour les masses, est vécu, depuis le célèbre discours de Mao à Yan’an (1942) comme vecteur de propagande, soumis au contrôle le plus strict.

D’ici quelques mois, la production sera ouverte aux financements privés et étrangers. Les grands centres étatiques comme China Film Group pourront devenir des sociétés par actions et être reprises jusqu’à un plafond de 49% des parts, le reste devant rester aux mains du secteur. Les salles sont ouvertes aux investissements étrangers ou privés, qui pourront aussi se placer dans des films individuels. Promotion sur le web, ventes privées seront encouragées. La distribution elle-même sera ouverte au secteur non étatique, mais non aux étrangers!

Il ne s’agit, stricto sensu, que d’un début de réforme : seuls les aspects structurels sont affectés, tandis que demeure intangible la censure a priori (soumission du script) et a posteriori (visionnage, coupes, pour l’obtention du visa d’exploitation). Du moins le vent de jouvence apportera-t-il la concurrence entre ces dinosaures alanguis. Ainsi que, peut être, des crédits, comme ceux annoncés par China Digital Art. com (Hong Kong), qui veut établir une Compagnie nationale (privée) de distribution.

Ce vent d’ouverture souffle, au moment où Zhang Yuan, l’enfant terrible du ciné chinois, se trouverait interdit de tournage pour 7 ans – son dernier film primé à Cannes, « Le Diable à la porte« , pêcherait par manque de patriotisme. Nullement contradictoires, ces deux démarches sont souvent pratiquées simultanément en Chine: avant d’ouvrir un secteur à une réforme, il faut assurer le terrain!

 

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