Mis à part les frimas exceptionnels, les chats de Pékin ont une excellente raison de ne pas sortir une patte de leur siheyuan (maison à l’ancienne): l’abondance des chasseurs de primes (à 20Y la tête), à l’affût jour et nuit pour le compte des restaurants.
Par dizaines de milliers ces derniers mois, ils finissent au pot, en compagnie d’un serpent, deux héros tragique d’un plat opéra dit Longhudou, «Lutte du Tigre et du Dragon». Prix du fricot, au détail : 88Y. Réunis en "Société Pékinoise pour l’Amour des Petites Bê-tes", les maîtres endeuillés ont tenu (mardi 12) une soirée concert TV pour sensibiliser l’opinion à leur cause.
L’orchestre a interprété : «La Valse des Petits Chiens» (Chopin), «Le Carnaval des Animaux» (Saint-Saens), mais pas (c’eût été de mauvais goût) "La Mère Michel".
Lorsque Jiang Ming, en 3ème. année de l’Institut des Langues Étrangères de Shanghai, fit la connaissance de Yina, brillante sino-américaine de 20 ans diplômée de Stanford, polyglotte, ce fut le coup de foudre. Bien sûr, elle avait quelques poils au menton, dus à son traitement de leucémique. Bien sûr elle était pauvre, ses parents lui avaient coupé les vivres parce qu’elle aimait Ming, qui donc devait l’entretenir – chambres à part, maladie oblige. Mais ils étaient heureux…
Cependant sur Yina pesait un trop lourd secret. Quelques verres, un soir seule dans un bar, l’aidèrent à s’en affranchir, causant le scandale : elle n’avait pas 20 mais 34 ans, elle n’était pas yankee mais Huren (shanghaienne), pas femme mais homme, et Stanford le connaissait moins comme polyglotte, que la police comme travesti. Bafoué, Jiang le traîne en justice, sous prétexte des 20.000Y dépensés durant leur vie commune.
Sommaire N° 2