L’histoire qui suit aurait pu se produire en France avec le Münster, ou en Angleterre avec le Stilton. La Chine revendique une tradition enthousiaste et millénaire du tofou, ce fromage de soja goûté, disent les instituts de sondage, par 80% de la population. Parmi les centaines de variantes de ce produit de base ("spaghetti", "lasagnes", "sauces", "lait","yaourt" etc.),
Une espèce se distingue par l’exceptionnelle ténacité de son fumet : le chou doufu (litt. "tofou puant"), vieilli durant des semaines.
A Hong Kong, ce fromage a été la base olfactive d’émeutes, d’un comité de quartier, et d’actions en justice à répétition. Ng Shiu-ping, dans le quartier populaire de Mongkok, tient une des toutes dernières fromageries de Hong Kong, à la fureur sans bornes des riverains lassés de leur note mensuelle de pressing et de la grève des visites par leurs amis. Entre Ng et la justice, c’est la guerre : depuis juin 1999 elle a été taxée cinq fois, la dernière fois de 1500USD, pour infraction au "règlement de contrôle de la pollution atmosphérique". Opiniâtre, Ng, qui a déjà dépensé l’an passé 9000USD en hottes filtrantes, continue le combat : "nous allons investir dans d’autres équipements. Il faut bien vivre." Les supporters du "chou doufu" noyé dans la sauce piquante ou étuvé aux haricots noirs et aux oignons, opinent du chef. Parmi ceux-ci, Gong Li, la star du cinéma chinois, surprise en 1996, de retour de Taiwan (autre base stratégique de ce produit offensif), le fromage dans le sac!
Sommaire N° 16