L’Asie aime bien les records. Kuala Lumpur tenait celui des tours les plus hautes (Petronas, 452m).Un consortium mené par la taiwanaise China Development Bank construit à présent le Taipei Financial Ctr, 101 étages, qui griffera les nuages à 508 m – record du monde. Ouverture prévue en 2002.Manière de dire «Crise? Connais pas ! », pas forcément pertinente, alors que la croissance de Taiwan, en 1998, est de 4,83% – la pire en 16 ans.
Bonheur pour les peintres, désastre pour les cultivateurs:à Nanning (Guangxi), cotonniers, kapokiers, manguiers, tulipiers et narcisses sont en fleurs – avec deux mois d’avance – et pour les fleuves, c’est déjà la saison sèche. L’hiver, sur toute la Chine, a été 3C° plus chaud que la normale – c’est son 13ème hiver chaud consécutif. Sur le nord, 40% du grenier chinois, la sécheresse s’est installée depuis l’automne, frappant le blé d’hiver, 7Mha emblavés sont concernés.
Le problème : les nappes phréatiques baissent (phénomène mondial !), pour la Chine du Nord, de 1,5 m par an. Selon le Dr Lester Brown, expert célèbre et controversé, sous certaines conditions, la Chine devrait importer 340Mt de blé – la récolte entière américaine, et « d’ici quelques années, la pénurie d’eau deviendra pénurie de blé ».
Commercialement parlant, l’affaire n’a rien de drôle: Shenyang Feilong a obtenu pour un de ses stimulants sexuels, l’enregistrement sous le nom de Weige (« grand frère »), que le groupe pharmaceutique américain Pfizer avait demandé pour Viagra, sa propre pilule de puissance, leader mondial. Pfizer ne peut rien faire : avant d’être protégé, le médicament étranger doit se soumettre à un parcours du combattant administratif et clinique, plus ardu que le chinois. Déjà très connu en Chine, Viagra se vend sous le manteau 50USD la pilule (prix accessible à une infime minorité) – contre 10USD les 8 pour Weige.
Volant sous les ailes de Pfizer, Shenyang Feilong, dont le nom signifie Dragon volant, s’apprête donc à empocher, après son nom, le marché de son adversaire, espérant vendre 100M de pilules /an, en affirmant : « Weige marche mieux que Viagra et en plus, étant entièrement herbal, n’a pas d’effets secondaires » . Slogan aussi accrocheur qu’invérifiable, en l’absence de tests indépendants.
Le groupe aéronautique AVIC (Consortium Aéronautique Public Chinois) publie à son tour son plan de restructuration. On ignore dans ce plan, l’influence – sans doute forte – de l’échec du projet de coopé euro-chinoise avion de 100 places, une des raisons avancées alors, étant le trop grand retard technologique de la partie chinoise. AVIC se scindera en 2 unités multifonctionnelles (avions civils et militaires, et autres produits de l’électronique à l’électroménager). Le but semblant être d’introduire un peu de concurrence dans ce milieu confortable et rouillé. La fonction de régulation sera cédée à la Commission d’Etat pour les Sciences, Technologies et Industries de la Défense Nationale (COSTIND). AVIC « pèse », aujourd’hui, 500000 emplois (dont 100000 ingénieurs), 100 Grandes Entreprises d’Etat, 30 instituts de recherches et 7 laboratoires « stratégiques ». AVIC a aussi sa part de firmes cotées en bourse (8), et de coopération avec l’étranger (Boeing, Aérospatiale, Airbus, Snecma). La seule chose qu’AVIC ne dise pas, est l’état de ses profits en 1998.
La Chine finit par s’éveiller au syndrome Y2K (« chaos de l’an 2000 »), ce risque de voir tous ses ordinateurs succomber au 31 décembre à minuit, victimes d’une programmation « gestionnaire » inadaptée au changement de siècle : alors, plus d’avion, ni d’ascenseurs, ni de téléphone?
Un sondage officiel discret auprès de 512 Entreprises d’Etat, a révélé que 53% ignoraient comment détecter leur problème. La Banque Populaire de Chine et 5 grandes banques auraient bien avancé dans leur programmation (il leur reste encore 600MUSD à investir pour achever la tâche), et seraient sur le point de se livrer à un vaste test avec les ministères des telecoms et de l’énergie, afin de voir les défauts de leurs cuirasses. Dead line imposée pour se prémunir contre le Y2K : octobre, mais vu la minceur de l’assistance technique du Ministre des Industries de l’Information, nombreux sont les officiels à douter que la limite puisse être respectée.
Etrange dualité que celle imposée à Pudong, la future métropole industrielle et financière d’Asie, bâtie à coups de MMUSD : d’une part, elle veut pour 1999 une croissance de 15% de son PIB, et investir 7MMUSD, notamment pour disposer ensuite de 100 km² de ville nouvelle, d’un aéroport international, d’un port en eau profonde, etc.
Mais d’autre part, Pudong doit pour l’heure, mettre un frein – ordres de Pékin – à ses ambitions de grignoter les positions de Hong Kong comme terre d’accueil de multinationales. « Il faut entre Pudong et Hong Kong, une division des tâches », a déclaré Xu Kuangdi, maire de Shanghai à ses administrés pincés, « c’est ensemble qu’on va gagner ». Shanghai commence à réaliser – étape de maturation – qu’elle ne « tuera » pas, comme elle en rêve depuis toujours, son Dieu, Hong Kong.
Il fallait s’y attendre:l’introduction sans préparation, au 1er janvier 1999, du pot catalytique obligatoire, dans Pékin, a cassé le marché, baissé de 60% par rapport à janvier 1998. L’occasion a « disparu » (les voitures existantes ne passe plus les contrôles, et doivent chercher une fin de vie sans gloire au fin fond des campagnes) : cette Cherokee (4×4) de 4 ans, qui trouvait acheteur en juin à 8000USD, se brade à 3000. Les véhicules neufs sont hors de prix. Intermédiaires, voire concessionnaires, se reconvertissent.
Sommaire N° 6