Jusqu’en mars 1998, Lin Hai était un informaticien (un peu trop) doué pour les affaires : arrêté depuis lors, il vient d’être condamné à 2 ans de prison fermes, pour avoir livré 30000 adresses E-mail, branchant ainsi la dissidence sino-américaine à une vaste clientèle intérieure.
En décembre 1998, d’autres dissidents ont été condamnés plus sévèrement (de 11 à 13 ans). Ces 24 mois (dont 10 déjà purgés) représentent, aux yeux du pouvoir, le poids de la « faute » de LinHai, qui affirme avoir agi dans un but « commercial ».
En même temps, tous les cybercafés du pays (quelques dizaines), avec internet à bord, sont priés d’enregistrer leurs clients comme les hôtels. C’est que les surfeurs de la toile, 700 000 en janvier 1998, ont triplé, et pourraient passer à 10M d’ici fin 2000.
D’autre part, 70% de la jeunesse urbaine n’a pas les moyens d’un ordinateur, ni d’Internet (même à 10Y l’heure) : le cyber-café est un bon compromis, où l’on se rend (aujourd’hui, innocemment, pour télécharger la photo ou le dernier tube des Spice Girls) sans le dire aux parents.
La répression molle exprime le sentiment mitigé de Pékin vis à vis du « Net » : le désarroi des conservateurs, vis à vis d’une inéluctable érosion de la censure, l’enthousiasme des technocrates (qui sont parfois les mêmes !), envers ce formidable moteur de communication et de recherche !
Sommaire N° 4