Editorial : Comment prévoir l’imprévisible…

Comme chaque janvier, Pékin se prépare au (chunjie, 16 février), afin d’affronter la nouvelle année, (du Lapin, en 1999). Mais cette fois, on assiste à une mobilisation rare: les cadres, à tous niveaux, savent que c’est à leur aptitude à maintenir la stabilité qu’ils seront notés. Zhu Rongji a dû lâcher sa réforme des Entreprises d’Etat, celles devant fermer au 16 février, ont un sursis, parfois au-delà de l’an 2000, tout comme les primes au logis et l’ancien régime santé. Pékin distingue 3 schémas d’instabilité à combattre :

[1] Les menaces à la loi et l’ordre: les chômeurs vont doubler en 1999 (de 14 à 30M); leurs manifestations déferlent, croissantes, sur fond de défaut de paiement des salaires ou des pensions (la dernière à Chang de Hunan, le 17). Fâce à cela, la stratégie consiste à agir vite (prévenir l’effet boule de neige!) : payer les plaignants de bonne foi, arrêter les inconditionnels, et garantir une prime meurs. Mais Pékin et les provinces sont en désaccord sur le financement : Wu Bangguo, Conseiller d’Etat, promet Carton Jaune ou même Rouge aux cadres qui laisseront leurs chômeurs sans ressources !

NB : De plus en plus de troubles ont des causes non économiques, telle cette manifestation d’un village du Shanxi, (11 janvier), contre le trucage des élections par la mairie sortante, où ces trois attentats dans des bus (6 janvier, Liaoning, 13, Zhuhai, 17, Changsha). Instigués par qui ? Pourquoi ? Les derniers cas connus, provenaient d’intégristes ouighours, d’amoureux déçus, de truands maladroits de partout et n’importe qui!

[2] La guerre à la corruption : le leadership veut être comme Han Fei et Shang Yang, magistrats antiques, inflexibles et impartiaux. D’ici le Chunjie, il faudrait avoir jugé 5 ou 6 grands tigres, hauts cadres vénaux tel Xu Bingsong, ex n°2 du Guangxi, accusé d’avoir vendu pour des MY de charges provinciales.

Les bilans des années passées sont déjà étonnants. En 1998, ont été « punis » 12 4000 cadres et 130 000 policiers. 594 chefs anti-corruption entre plus de 10000 cas majeurs ou importants, concernant les Entreprises d’Etat, pour 4,4 MMY (part infime des montants gaspillés).

Sur le site du barrage des trois Gorges, 95 cas ont été détectés dont 16 dans la construction, les autres dans le relogement du 1M de gens déplacés. Mesure fondamentale, Pékin va rehausser (jusqu’à 30%) les salaires publics, en retard sur le privé.

Mais cette campagne a deux limites : il n’y a pas d’organe autonome anti-corruption (telle la Cour des Comptes, ou l’ICAC hongkongais ou Independent Commission against corruption). Et contrairement à Han Fei et Shang Yang, Pékin a partialement restreint sa justice aux provinces du Sud (Canton, Fujian, Hainan), tout en exemptant les niveaux supérieurs aux vice ministres et vice gouverneurs.

[3] Les incidents inattendus et imprévisibles: le pouvoir fait preuve d’un dynamisme brillant, pour reprendre le contrôle de la situation:

Guerre anti-incendie (face à l’hiver rude, et aux pétards du Chunjie);

Anti-drogue (en 1998, 2,5t d’héroïne saisie, le double de 1997);

Anti-crues (1000 stations météo cette année);

Anti-séparatisme (29 ouigours condamnés à prison cette semaine);

Anti-sismique (80M-USD autour du Grand-Pékin, 60Mhts, en renfort d’édifices publics et dans 143 stations);

Anti-accidents industriels : Jiang en personne téléphone samedi 16, suite à l’explosion d’une chaudière dans le Ningxia, et à Chongqing, après l’effondrement d’un pont début janvier (40 morts), 47 projets publics ont été arrêtés, pour sûreté insuffisante. Tous ces efforts remarquables pour redresser la barre, ne cachent pas les faiblesses structurelles du moment :

– Bien des éléments d’instabilité  proviennent de mécanismes sclérosés du système (nullement imprévisibles), que Pékin ne parvient pas à réformer.

– Les réformes les plus modernes sont au frais.

 

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