Pourquoi les Etats-Unis ont ils pris la décision politique lourde, de mettre au point, en association avec Tokyo et Taiwan, un réseau TDM (Theater Missile Defense) de défense antimissile assisté par satellite, « parapluie » évidemment dressé contre la Chine ? Plusieurs éléments ont pu jouer. Tels les exercices aéronavals de l’Armée Populaire de Libération (APL) en mars 1996 autour de Taiwan, sa pénétration lente dans l’archipel des Spratley, le renforcement de son arsenal de missiles pointés vers « la mer »,et le survol, l’été dernier, du Japon par un missile nord-coréen.
Depuis, la Chine déploie des efforts furieux pour tenter d’enrayer ce plan. Auprès des Etats-Unis : le TDM viole des traités internationaux, et lèse la souveraineté chinoise. Auprès du Japon : Tokyo doit résister aux tentations de redevenir une puissance militaire. A l’ONU, Pékin cherche à accélérer la signature d’un traité de mise au ban des armes spatiales (Jiang Zemin, à Genève le 27, en parlera). Avec la Russie, la Chine s’en tient – pour l’instant – à l’échange de renseignements. Elle tente même, auprès de Taiwan, de la convaincre de se démarquer de cette « provocation de l’étranger », et de chercher une solution « entre Chinois »… Négociation qui, si elle avait lieu (lors de la visite en automne du Chinois Wang Daohan sur l’île), pourrait avoir pour enjeu le retrait des missiles continentaux !
Pourquoi une telle angoisse chinoise, face à la perspective du TDM, outil exclusif de défense ? Plusieurs réponses sont plausibles :
[1] la perspective peu attrayante de dépenser (avec Moscou?) des MMUSD en mise au point d’une arme spatiale concurrente, au risque de détourner, dans la tension d’une escalade militaire, l’influx des capitaux étrangers.
[2] Le mauvais souvenir du programme « Starwars », bras de fer financier imposé jadis à l’URSS par Ronald Reagan, et qui avait brisé l’échine du géant socialiste.
[3] Enfin, le sentiment que si ce projet aboutit, le retour de Taiwan à la Mère-Patrie par la contrainte, ne serait plus une option viable : perspective insupportable parce que, selon le mot de Zhu Rongji, « si nous renoncions à cet argument, la séparation de Taiwan risquerait d’être définitive »
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