Pol : Macao : de pendules et dents cassées

• En lâchant sa bombe le 3 mai, G. Fernandes, nouveau Ministre indien de la Défense, a suscité plus d’embarras que de courroux, tant à Pékin qu’à New Delhi : la Chine était "danger n°1 pour l’Inde, bien avant le Pakistan"; « la Chine aurait installé un parapluie nucléaire au Tibet, et une oreille électronique dans les îles Coco (birmanes), 40km au large de l‘archipel(indien) d’Andaman : il conviendrait de renforcer les défenses indiennes aux frontières communes! ». Devant le tollé, le nouveau 1er ministre indien BJP s’est distancié de son bouillant ministre (partenaire socialiste dans sa coalition), et Pékin, bon prince, a passé l’éponge après une protestation de pure forme. NB : la foucade de m. Fernandes se situe une semaine après la visite indienne de Fu Quanyou, n°2 actuel de l’Armée Populaire de Libération (APL), officier peu connu pour faire dans la dentelle.

• El Niño oblige, la récolte 1998 promet d’être plus que médiocre. Au Nord 2,1M d’ha de blé d’hiver est touchée par l’aridité, et 6,7M ha n’ont pas (encore) été plantés. Au Sud 1,3M d’ha de rizière attende, en jachère forcée. Les pluies récentes ne suffisent pas à combler un an de ciel à sec. Du point de vue des désastres naturels, la Chine paie 20 ans de laxisme (non entretien de digues, saignée à blanc des forêts etc): ses experts en évaluent le coût à 250MMY en l’an 2000, contre 100MMY en 1990.

• Macao: lancement, place Tian An Men, de la pendule chinoise du compte à rebours du retour à la mère patrie (jour « J » moins 573), et remise des pendules à l’heure par le Portugal, avec des arrestations de gangsters en série, et notamment celle du  tou’r (chef) de la triade K14, "Koi-dent cassée", 2 jours après un attentat à la bombe contre la voiture du Procureur général. Tentative bien tardive et velléitaire de maîtriser la situation, à la veille du retour à la Chine.

 Mais tout Macao vibre. Rien que la nuit de vendredi, 5 voitures ont brûlé, accompagnées par deux magasins, sous les torches des malfrats. Les pandores lusitaniens voient peu de raison de risquer la mort pour une enclave vouée à repasser sous souveraineté chinoise, après un intermède portugais de 5 siècles, dans 570 jours. Autrement dit, la libération sous 30 jours de Dents Cassées « faute de preuves », est inéluctable, malgré un pathétique plaidoyer des magistrats, « pour l’honneur de la justice »)!

• Zhu Rongji a reçu Fumio Kyuma, directeur de l’« agence japonaise pour la Défense » (l’équivalent d’un ministère), quoique ce dossier ne relève pas de son mandat. Zhu  vient aussi d’être nommé n°2 de la Commission de Politique étrangère. Le nouveau 1er Ministre affiche ainsi, sans attendre, ses ambitions diplomatiques. Bien conscient que l’état de grâce dont il bénéficie actuellement à l’intérieur, ne durera pas, il prépare dès maintenant le 2ème  étage de sa fusée: après le toilettage de l’économie chinoise, il pense pouvoir s’occuper prioritairement, dès l’année prochaine, des relations avec l’étranger, territoire de Jiang.

• Après 3 jours à Pékin (29 avril -1er  mai), Madeleine Albright parle d’embellie, et les « contours médiatiques de la visite Clinton se précisent: 10 jours du 24 juin au 3 juillet, 1200 participants, 4 Boeing pour 6 étapes à travers la Chine (Xi’an, Pékin, Shanghai, Guilin, et HongKong) -grand spectacle en dolby stéréo pour gagner la bataille de l’opinion publique US.

• "Il faut que cesse immédiatement ce phénomènes des juges qui rendent leurs verdicts en suivant des ordres et non les lois", voilà ce que concluent publiquement les professeurs de droit, en colloque en marge du centenaire de l’Université de Pékin. Peut-être "angéliques" mais réalistes, ces intellectuels reconnaissent "qu’il ne pourra en être ainsi tant que le pouvoir judiciaire n’aura pas reçu son indépendance de l’exécutif". L’expression du refus, est souvent le point de départ du changement.

• Luosang Jiangcun, maire (non élu) de Lhassa (Tibet) depuis 1995, est en visite d’un mois aux USA, à travers 10 villes du pays. Quoique ce voyage garde volontairement un profil bas, il représente un « coup » d’une très grande force par les autorités chinoises, leur apportant trois profits sans aucun handicap :

[1] Le patron de la plus enclavée des provinces va apprendre, en un mois, bien des techniques modernes de management, et faire son carnet d’adresses;

[2] Il va obtenir des capitaux pour le Toit du monde, chouchou de l’Amérique;

[3] Et par dessus tout, il va prouver par sa présence physique que le leadership tibétain n’est pas han, que le régime n’est pas si intolérant qu’on dit, faisant ainsi baisser de plusieurs tons les critiques.

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