Hong Kong, jour « J » moins 365… Les embruns du changement sont déjà sur la ville. Il y a 8 jours, Pékin interdit à Hong Kong d’imposer la ceinture obligatoire à ses chauffeurs de bus : le règlement devait prendre effet au 1er juillet ’97, jour du passage sous la loi chinoise… Cette semaine encore, Sir Christopher Patten, le pourtant combatif Gouverneur, renonce pour la 1ère fois, faute de l’accord de Pékin, à lancer un projet d’infrastructure crucial pour l’avenir (une liaison ferroviaire de 75 mm $)…
Rien ne peut plus cacher la vacance de pouvoir : Hong Kong, entre deux maîtres, n’est plus gouvernée! Dans les rues terrassées de chaleur humide, Jackie Chan, depuis 15 ans gérant d’une agence de voyage, se dit confiant en l’avenir : « pour moi, le business continue… » Yip, le lunetier, pense de même: « Nous travaillons de plus en plus pour des clients de Pékin… » Même Ricky Chan, petit dealer en CD-rom illicites, affirme d’un sourire mince: « tant que la Chine me fournira, je vendrai – le marché est bon« … Et pourtant, derrière les faces optimistes, affleure la nervosité. « Plutôt une tension« , dit ce banquier, vieux hongkongais d’adoption, « voire la colère… Obligés de plier le dos, ils s’estiment maltraités ‘ce ne sont pas des manières d’agir’, disent-ils entre eux… En face, Pékin n’aime pas spécialement la contestation, et on ne voit pas pourquoi elle prendrait des gants et traiterait HK mieux que ses propres provinces ». La cohabitation ne sera pas commode »!
Dans ces conditions, pourquoi ne voit-on pas ce rush hors de Hong Kong, annoncé depuis des lunes? « Parce que, précise le même homme, les gens qui s’exilent ne trouvent pas de travail dans le Nouveau Monde, et retournent sans le sou : ça décourage… Les choses sont donc claires : Hongkongais et leur ville ont leur destin lié, pour le meilleur et pour le pire!
Sommaire N° 28