Après deux semaines d’exercices de l’A.P.L. (Armée Populaire de Libération) autour de Taiwan, Pékin a effectué une pause durant ce week-end (contre toute attente, et sans doute pour amollir les critiques américaines), avant de reprendre ce lundi.
Cette campagne a fait apparaître une prise de participation dominante des militaires dans les affaires de l’Etat: 4 généraux, présents seulement depuis fin 1995 dans le groupe de travail « Taiwan » du PCC, semblent avoir imposé aux civils le tournant guerrier.
Cette nouvelle structure de décision est-elle conforme à la constitution chinoise?
Qiao Shi, Président de l’A.N.P. (Armée Populaire de Libération), fait sa première déclaration significative depuis l’ouverture de la session Parlementaire, pour murmurer que les décisions gouvernementales devraient être prises «en accord avec la loi ».
Sans davantage de précision – la remarque étant déjà assez anathème comme cela-, mais le sen est clair! Pour le reste, cette campagne contre l’île nationaliste se décante, laissant l’image d’une équation à trois composantes :
Ÿ La composante stratégique : pour les trois à cinq ans à venir, à en croire les experts militaires, la conquête par les armes est inaccessible, en raison de la supériorité aérienne taiwanaise, de la distance kilométrique et de la capacité maximale chinoise de transport de troupes, notoirement insuffisante, 50 000 hommes par rotation.
Ÿ L‘effet USA : avec ses 3 sous-marins nucléaires, ses 2 porte-avions (150 chasseurs embarqués) et ses 6 à 8 navires d’escorte (destroyers, frégates) sur place, Washington se donne les moyens d’intervenir.
On a enregistré la spectaculaire déclaration unitaire de la Chambre des Représentants américains, Républicains et Démocrates confondus: « Taiwan ne sera pas reprise par la force »!
Ÿ L’effet durée : de source chinoise, la Chine semble avoir opté pour une action longue -jusqu’à mi-mai.
A noter, au passage, qu’elle permet aux idéologues de tenir, tout le temps de ce conflit, des discours aux tons très anciens, d’une violence inouïe (cf. l’éditorial de samedi au renmin ribao): la caste en kaki, et le « bai toubang » (« gang aux cheveux blancs » des vieux gauchistes), étant les commanditaires et bénéficiaires de cette action.
But poursuivi : ruiner Taiwan, en orchestrant la fuite de ses capitaux.
Déjà 10 milliards de $ d’épargne privée taiwanaise envolés en 15 jours.
Le choix de Pékin parvient ainsi à associer des thèmes maoïstes remontant à un demi-siècle, et des techniques ultra-capitalistes de guerre monétaire.
Il est vrai qu’à Zhong Nan Hai, siège du PCC (Parti Communiste Chinois), règne la maxime de Deng Xiaoping : « peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape la souris ».
Mais le fera-t-il?
Sommaire N° 12