Quelque chose de stupéfiant se passe en Chine, vrombissement issu des entrailles de la planète, qui attire les énergies, crédits et technologies des cinq continents. C’est de la surchauffe dont nous parlons, que Pékin combat depuis cinq ans, avec des résultats toujours moins plausibles. Les dernières statistiques laissent pantois !
De janvier à septembre 2007, la croissance a atteint 11,5% (+0,4%). A +25,7%, l’investissement fixe n’a pas varié depuis janvier, insensible à l’appel du 1er ministre Wen Jiabao de lâcher le pied. La production industrielle qui n’avait augmenté que de 12,5% en 2006, fuse à 18,5%. A +15,9%, les ventes au détail alimentent une inflation de 6,2%. Bien sûr, c’est pour l’export que tournent ces usines, qui connaît en 7 mois une hausse de 27,1%, un excédent commercial de 186MM$, contre 177MM$ pour tout l’an dernier. A 7,45¥ pour 1$, le yuan passe (2/11) un nouveau pic.
Tout se joue à la bourse, à l’appétit insatiable.
Petrochina vient de vendre pour 8,9MM$ d’actions. Morgan Stanley croit que le groupe serait n°2 mondial en capitalisation (437MM$) derrière Exxon. Alibaba, la galerie virtuelle, vient d’y écouler pour 1,5MM$. Les chemins de fer préparent leurs ventes pour 3,8MM$, entre les places de Hong Kong et de Shanghai… La bourse chinoise vaut 3700MM$, 20% de la reine mondiale américaine…
Face cette chevauchée fantastique, l’Etat, impuissant, veut «incessamment» procéder au 6ème resserrement du crédit de l’année. La SEPA, l’agence nationale d’environnement, prétend bientôt priver d’export toute firme pollueuse. Zeng Peiyan, le vice 1er, exprime (30/10) le désir du Conseil d’Etat de faire payer à leur juste prix l’eau, les énergies, le sol : moins pour se prémunir de la tempête de plaintes internationales à l’horizon (comme celle qu’Eurofer vient de déposer à Bruxelles contre l’acier chinois), que pour calmer la furie exportatrice et produire enfin pour l’intérieur -de manière plus durable, moins gaspilleuse et sale.
En outre, croulant sous le cash des gens sortant leur épargne pour la jouer en bourse et se faire une retraite, les financiers font leur shopping hors Chine : l’ICBC, la Banque de l’Industrie et du commerce, s’adjuge 20% de la Standard Bank, d’Afrique du Sud (5,56MM$). Le Fonds national de sécurité sociale (FNSS) négocie 10% de fonds américains tels Carlyle ou TPG. Pour la 1ère fois, de tels placements ne sont pas lus, à l’étranger, comme des « coups stratégiques » de Pékin (même si ce dernier les encourage, pour alléger la pression à la réévaluation), mais comme des investissements commerciaux classiques.
La surchauffe a bien des sources:
[1] la hausse de productivité en Chine (oblitérant celle des salaires et matières 1ères),
[2] les impôts légers ou l’énergie à prix cassés,
[3] la pompe à bras pas cher de l’exode rural.
Mais le ressort ultime de la spirale infernale est ailleurs. Il se trouve dans les 160 grandes entreprises d’Etat (GEE) qui produisent en 2006 pour 1600MM$, (60% du PIB), tout en épongeant le meilleur du crédit et des marchés, étouffant toute concurrence sous elles: même intérieurement, les cartes sont pipées! A la tête de ces GEE siègent de hauts cadres du Parti, dont 20 viennent de monter au Comité Central du PCC : leur demander de mettre à la diète leur propre « vache à lait», serait naïf!
Mais comment stopper cette locomotive lancée sans freins ni mécano sur une pente abrupte, tirant derrière elle le pays entier ? On commence à deviner que le salut ne pourra plus venir que de l’étranger, Europe et USA !
Sommaire N° 35