Cette nouvelle insolite nous vient de l’Ouest de Shanghai : dans le canton de Taihe (Anhui), le secrétaire du Parti a décrété que pour la récolte du blé de printemps, qui débute, le chaume (la partie non récoltée de la tige sous l’épi) mesurerait 10 cm au sol, au lieu des 20 à 30 cm usuels. Sous l’angle de la pureté de l’air, la mesure a du sens : cette paille résiduelle est par la suite éliminée par brûlis, pratique très polluante pour l’atmosphère. Émise simultanément sur des milliers de km², la fumée envahit les villes, base d’un smog pernicieux, auquel viennent s’ajouter les gaz d’échappement des voitures, des moteurs diesel et des usines.
Auprès des paysans cependant, l’annonce sema la consternation : pour couper ras, il faudrait au moins deux passages de moissonneuse-batteuse, d’où un surcoût en carburant de 160¥/ha, dont le canton n’acceptait de prendre qu’un tiers à sa charge –et encore, payé presque intégralement au village, non au fermier. De plus, les plus lésés étaient les propriétaires des moissonneuses. À régler la coupe si près du sol, sur le terrain rocailleux et irrégulier de l’Anhui, ils allaient à la catastrophe, risquant de désaffûter les lames trop vite, voire de les briser.
Aussi, sur les 14 machines commandées pour la récolte, dès publication de la nouvelle règle, dans la nuit, 11 repartirent pour le Shandong (province ne réglementant pas encore les récoltes). Les fermiers de Taihe se retrouvaient donc seuls, avec la perspective de devoir couper à la faux, à la force des biceps…
Manifestement, l’incident n’est pas un cas isolé. Au moins un autre canton, Handan (Hebei) vient de fixer à 15 cm la hauteur maximum licite. Sur le fond, ces décisions et les réactions qui suivent, pourraient être des signes avant-coureurs d’une prise de conscience des leaders ruraux, de l’impératif de se préoccuper de l’environnement. Au plan technique, des solution vont forcément émerger rapidement (des machines plus réglables, des lames plus résistantes). De même, les paysans devraient vite reconnaître la plus-value d’un net surcroît de paille, utilisable dans l’alimentation du bétail. Enfin, à cette occasion, les cadres réalisent peut-être une cause structurelle de leurs ennuis : l’absence d’une structure de dialogue avec les fermiers et les firmes de moissonnage, pour pouvoir prendre des décisions matures et sans risques associés.
Sommaire N° 23