Editorial : Les vœux de Xi Jinping et l’héritage de son maître à penser

Xi Jinping Voeux 2014Deux faits forts marquèrent le tournant de l’année en Chine : la visite du 1er nippon Shinzo Abe au temple controversé de Yasukuni, et la nomination du Président Xi Jinping à la tête de la « Commission pour les réformes » (30/12), une des deux instances suprêmes créées par le 3ème Plenum du Parti.

 - Cette promotion par le Bureau Politique était attendue. Elle confirme l’avancée de Xi Jinping vers un pouvoir qui enterre 20 ans de binôme entre Président et 1er ministre. Désormais, les deux commissions (celle de sécurité et politique étrangère & celle de réformes) sont aux mains de Xi.
Li Keqiang, initiateur de la réforme depuis 2007, semble confiné à la gestion des affaires courantes. 

Pour autant, il n’est pas avéré que les deux hommes soient en conflit, ni que le train du changement doive pâtir de cette évolution. En effet, Li comme patron de la réforme, aurait risqué de ne pas résister aux formidables lobbies, princes rouges et intérêts cachés (pétrole, banque, fiefs régionaux…). Tandis que Xi a démontré une capacité à briser les pouvoirs rivaux. 

En charge de la conception et de la réalisation des réformes, il va devoir en 2014 prendre des mesures d’une audace inégalée en des décennies : briser l’explosion de la dette publique (+ 67% depuis 2008), remodeler les consortia publics pour les rendre plus réactifs aux signaux du marché, freiner la croissance, augmenter la productivité (améliorer l’environnement), équiper les villes… 

Xi Jinping BaoziXi vient aussi d’émettre un subtil message en déjeunant à Pékin (28/12 – cf photo) dans un restaurant populaire de raviolis, pour 21¥ payés de sa poche. C’était pratiquer son propre appel à la simplicité frugale

L’acte fait écho au message de Nan Huaijin, qui fut son mentor jusqu’à sa mort (septembre 2012). Ce grand-maître en bouddhisme Chan, en confucianisme et en taoïsme, était l’apôtre d’un style de gouvernance à l’écoute des aspirations du petit peuple. Xi, qui passe pour demeurer fort influencé par sa doctrine, salue ainsi son maître. 

Présentant ses vœux à la nation pour 2014, Xi adopta un style nouveau, d’un patriote aux fortes valeurs familiales, avec quelques photos de ses proches dans son bureau et ses trois téléphones d’alerte.

Hu Jintao Voeux 2013Changement de style 

Xi Jinping (ci-dessus) lors de son allocution du 31 décembre 2013, dans son bureau, affichant un style moins compassé que ses prédécesseurs.

En témoignent les vœux l’an dernier, de l’ancien Président Hu Jintao pour l’année 2013 (ci-contre).

– L’autre événement est choquant. Après son prédécesseur Koizumi en 2006, Abe ose retourner à Yasukuni, temple où reposent 14 criminels de guerre, et dont les prélats nient les massacres perpétrés par les troupes du Mikado dans les années ’30 hors frontières. La visite fut condamnée par les USA, l’UE et la plupart des pays d’Asie. 

L’acte est blessant et inutile dans une perspective de bon voisinage. Mais pour Abe, farouche nationaliste, il y a urgence. Le Japon est désormais fort remonté contre les visées agressives chinoises sur ses îlots Senkaku, revendiqués par Pékin sous le nom de Diaoyu.
Xi Jinping a d’abord répondu avec retenue, comme pour se donner le temps d’évaluer les risques. Il suggéra (30/12) qu’aucune rencontre n’aurait lieu avec Abe durant son mandat. Une réponse molle, preuve peut-être qu’il peut se le permettre, qu’il contrôle ses troupes, et son opinion dûment muselée. 

A la base, néanmoins, on a cette expansion musclée de l’APL depuis 18 mois en mer de Chine, la confiscation aux Philippines de Scarborough Shoal (2012), les incursions incessantes, l’annonce de la « zone d’identification-défense » sur les eaux contestées. 

Pourquoi cette accélération nationaliste

Une clé de lecture jusqu’à présent sous-estimée, est celle des ressources en matières premières cachées en mer de Chine, les milliards de m3 de gaz, de barils de pétrole, de kg de nodules polymétalliques (manganèse) désormais identifiés. La Chine a des besoins incompressibles en ressources pour sa croissance, et les moyens (militaires et diplomatiques) de se les approprier. 

Il semblerait que c’est la voix de Nan Huaijin, très écouté de son vivant par la classe politique et grand prêtre de la morale chinoise, aussi le défenseur du « soft power », qui retenait jusqu’en 2012 les faucons et leur impatience à conquérir un « espace vital » hors frontières. De fait, les deux dates coïncident, celle de son décès et celle de la lancée maritime chinoise. 

Précisons pour conclure, que la Chine est loin d’être seule en ce cas. Aujourd’hui, la dernière course planétaire aux matières premières est lancée – avec tous les risques de dérapage qu’elle implique.

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