Sous l’œil des professionnels, la conjoncture du 1er trimestre ne trompe pas : avec ces
7,7% de croissance, de 0,2% en recul sur le 4ème trimestre de 2012, on assiste au freinage d’une reprise sauvage, par un Etat qui tente de réorienter l’économie vers une croissance vertueuse.En partie dû à la finance grise, le crédit a explosé, pour préparer la relance : en mars, l’import de minerai de fer remontait de 14,4%. En même temps, les banques prêtaient 172 milliards de $, +12%. Le « financement social total », la masse des liquidités selon la Banque Centrale, faisait plus que doubler par rapport à février, à 2,4 trillions de yuans.
En mars aussi, l’immobilier s’envolait dans 70 villes, avec un logement neuf enchéri de 2,1% (parfois à plus de 10%). Sentant la reprise, l’étranger renforçait ses investissements (IDE) de 5,7%, à 12,4 milliards de $.
D’autre part, ce climat d’optimisme est porté par la fin d’une longue période de déstockage : durant tout 2012, les mauvaises ventes avait forcé les secteurs à stocker et produire au ralenti, au risque pour certains de devoir éliminer leur stock, comme chez l’habilleur sportif Li Ning, qui annonçait en décembre la reprise de plus de 300 millions de $ de marchandises et la fermeture de près de 2000 magasins (25%). Mais à l’issue de cette cure amère, les entrepôts presque vides, en ciment comme en automobile, commencent à se re-remplir, suscitant un climat d‘espoir.
Mais à laisser faire, l’Etat dépassait les prévisions de croissance, au risque d’une surchauffe : en 2012, l’immobilier constituait 13,8% du PIB et affectait directement 40 secteurs, du verre au ciment en passant par le meuble et l’assurance. Or l’annonce du grand plan d’ « urbanisation » par Li Keqiang a incité les aciéries à restocker trop vite (+23% et 155 millions de tonnes en mars), afin d’alimenter des projets d’infrastructures approuvés par la NDRC. Et c’est là que l’Etat a freiné le financement, au nom de la stabilité, inquiet des plans des provinces, ne tenant pas compte de ses directives. Selon la même NDRC, plus de 20 provinces avaient remis des plans de croissance de +20%, voire +30%. Le Hunan voulait bâtir six « grandes villes » et six « très grandes villes ». Or dans ces plans, la terrible nouvelle pollution urbaine n’était pas prise en compte.
Pire, Zhang Ke, auditeur national, refuse d’associer son agence Shinewing du travail de vérification des finances des provinces, estimant ces dernières « trop dangereuses » et la capacité provinciale à gérer cette dette, trop faible. Selon l’ex-ministre des Finances Xiang Huaicheng, leurs encours sont de 3200 milliards de $ – double du chiffre admis jusqu’à un mois en arrière. L’Agence Fitch, elle, évalue ces emprunts à 25% de la dette publique fin 2012 (la dette publique totale serait de 74% du PIB).
C’est surtout le statut de cette dette qui pose problème : s’agit-il de projets « rentables » ou non, et « garantis » par l’Etat ou non ? L’Etat lui-même n’a pas statué sur sa part de responsabilité, en cas de faillite. D’où ce climat très complexe et mitigé, et l’actuelle fermeté du nouveau Conseil d’Etat, déterminé à user de la pédale douce face à la reprise, tout en privilégiant la qualité sur le volume !
Sommaire N° 15