Editorial : Les habits neufs du Conseil d’Etat

« Nous refusons tout jusqu’au-boutisme en réforme politique…Jamais nous n’adopterons le système occidental ». Avec ces 1ers mots de Yu Zhengsheng, juste nommé Président de la CPPCC, le ton est donné : pas de réforme à attendre des vieux alliés de Jiang Zemin, placés par lui au pouvoir suprême en novembre 2012. Mais voilà qu’en face, Xi Jinping, le n°1 rétorque le 11/03 par l’éditorial du Quotidien du Peuple : « respectez le marché, redécouvrez la société. Notre réforme de fond doit limiter les pouvoirs de l’administration, laisser les citoyens jouer leur rôle ». 

En filigrane des travaux de l’ANP (Assemblée nationale populaire) se déroule ainsi un «combat des chefs», sur la portée des changements de politiques et de la restructuration du Conseil d’Etat.
Résultat: les avancées sont là, mais loin de l’ambitieux concept discuté depuis des mois* : l’organigramme compte 25 ministères, au lieu de 18 attendus.
Parmi les percées, figure la fusion des instances de qualité alimentaire (cf VdlC n°9). Peut-être un test, destiné à démontrer aux sceptiques qu’un organe fusionné assure un meilleur résultat. Autre fusion, celle des 17 autorités de la mer (police, douanes, pêcheries…). Le prétexte est une meilleure emprise sur les îles Diaoyu-Senkaku. Le Japon voit une « menace ». Mais cet organe renforcé pourrait aussi brider toute sorte d’abus, surpêche, destruction de la côte et incursions «patriotes» vers les eaux litigieuses, donnant ainsi plus de chance à la négociation multilatérale. 

Le démantèlement d’un ministère des Chemins de fer est applaudi. Celui qu’on appelait le « parrain » ferroviaire, trustait depuis 10 ans les contrats : il créa dans l’intervalle le 1er réseau de TGV du monde, d’une qualité incertaine, au prix de centaines de morts par accident. Il se retrouve donc subdivisé entre une tutelle confiée au ministre des Transports sous la férule de Yang Chuantang, et une corporation qui s’ouvrira au privé pour les fournitures voire la gestion. L’épongeage partiel des 2660 milliards de ¥ de dettes lui permettra d’aller en bourse et de s’assainir. 

Succès aussi en planning familial, même si les officiels insistent à croire que rien ne changera. Mais avec la fusion au ministère de la Santé sous les ordres de mme Li Bin, c’est son mandat qui disparait, sous l’impératif urgent de relancer la natalité, afin de pouvoir financer les pensions dans 20 ans. Mais quel sera l’avenir pour ses 500.000 fonctionnaires ? 

Face à ces avancées, il y a aussi des ratages.
Pas de super ministère de l’Energie (les lobbies gagnent des années de sursis). Pas de renforcement des Affaires étrangères, par la montée d’un diplomate au Politburo: au lieu de Wang Huning, juste élevé à cet organe, Yang Jiechi passe Conseiller d’Etat, et Wang Yi, ministre des Affaries étrangères. 
Pas de baisse de pouvoir pour la NDRC (, malgré les rêves de Li Keqiang de donner plus d’autonomie aux secteurs productifs. En environnement, au lieu du dynamique Pan Yue que la rumeur voyait déjà désigné, Zhou Shengxian le ministre sortant est reconduit –mais réélu avec le plus faible score de tout le cabinet (2734 voix), tandis que le comité « environnement » de l’ANP encaisse 850 voix contre et des «bouh!», record de contestation dans l’histoire du Parlement chinois, inviolé depuis 1992.
Enfin les ONG resteront partiellement contraintes à l’illégalité. Elles sont 4 millions en Chine, volontaires, altruistes et privées, présentes en tous domaines (na-ture, 3ème âge, santé) Seules 10% (les plus «pistonnées ») sont légales, les autres dépendant pour leur survie de l’arbitraire du prince. Selon la nouvelle règle, seront homologables celles de type
« scientifique », tandis que celles « politique, légale ou religieuse » devront toujours « trouver la protection d’une agence publique ». Mais une ONG de lutte contre le Sida : est-elle politique ou scientifique, et qui établit la distinction ?
Manifestement pour quelques années encore, la société de base ne sera pas encore bienvenue dans la gestion de ses propres affaires, jalousement gardées aux mains d’instances proches du Parti. 

* cf « Xi Jinping, la nouvelle ère », notre étude politique, dont nous préparons une importante mise à jour, incluant les nouveaux profils des ministères, les CV des ministres…

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