L’inflation qui déferle sur la Chine (5,1% en novembre) a pour cause le déficit en vivres sur les marchés, l’abondance du crédit pour les grands groupes publics et sa raréfaction pour les PME et les personnes privées. L’inflation n’est qu’un effet secondaire d’un système où l’État dévore le PNB en interne (Grandes entreprises d’Etat, apparatchiks, armée…), ne laissant que 42% du PIB aux travailleurs, selon l’économiste Stephen Roach. En 2010, de janvier à septembre, l’État absorbait 6300MM¥ en taxes, +22,4%, bien plus que la croissance moyenne, s’imposant ainsi, de fait, comme la cause majeure de paupérisation dans les villes. Conscient du danger, il proposait, au 12 Plan en cours de fixation, une hausse des salaires d’au moins 8%/an, et que les salaires reçoivent par an au moins 1% en plus du PIB…
En ce début d’hiver, la hantise est sur l’alimentaire: un contrôle des prix (farine, huile, oeuf …) est en place dans toutes les villes, comme à Kunming où Carrefour, Wal-Mart et d’autres doivent soumettre leurs hausses, 10 jours à l’avance, et les producteurs dix. Suite à quoi l’Etat se targuait d’une légère baisse fin novembre en légumes -mais huile, riz et oeufs montaient toujours…
Huit groupes pétroliers dont CNPC et Sinopec sont punis entre Wuhan, Luoyang et Lianyungang pour des prix à la pompe de 560¥/t de plus qu’autorisé. Pékin fournit aussi, ce mois-ci, 100¥ aux 223.000 foyers les plus démunis…
Cette action sociale se double d’une autre sur le crédit. De «modéré», l’État le fait passer (3/12) à «prudent»: c’est l’austérité, qui espère prévenir l’éclatement d’une bulle géante due à l’excès de liquidités, avec un marché de l’immobilier flottant à 30% au-dessus de sa valeur réelle.
Mais on peut se demander de quelle marge de manoeuvre l’État dispose sur les principales intéressées, les banques dont les réserves obligatoires sont déjà à 18% de leurs encours—délicat de monter plus. En outre elles trichent, tentées de gagner plus pour couvrir les mauvais prêts con-sentis depuis 2008 (au nom du maintien de la croissance). A présent les contrôles sont de retour, mais les banques et leurs gros clients se paient toujours plus en «acceptance», promesses de crédit différé à des taux au rabais. Selon Fitch, plus de 500MM¥ de ces prêts gris auraient été émis en 2010, en sus des quotas de prêts légaux. Or ces prêts, comme les subprimes, sont dangereux…
Sur le fond, il faut se demander si provinces et GEE ne pèsent pas plus lourd que Pékin, dans leur exigence de ce crédit nécessaire au bien-être de millions de cadres et de leur entourage. Les analystes évaluent le quota du crédit pour 2011 à +15%, entre 6500 à 7000MM¥.
En tout cas, la guerre à l’inflation va nourrir une salve de hausse du taux d’intérêt, seul outil encore disponible. L’enjeu sera aussi de prémunir l’épargne privée étrillée par les 3,2% d’inflation de 2010 (3,3% attendus par la CASS, Académie chinoise des Sciences Sociales, en 2011) alors que l’intérêt bancaire à un an est de 2,5%.
Enfin, l’économiste Ma Guangyuan se demande si Pékin tiendra sa parole d’enrichissement par le bas. De nouvelles taxes arrivent – immobilière, sur les voitures et navires, le tabac, l’émission de dioxide de soufre et sur les eaux usées : taxes certes bonnes, mais qui vont appauvrir davantage les masses, alors que, selon le Quotidien du Peuple, 23,4% des employés n’ont pas vu la couleur d’une augmentation salariale depuis 2005…
Sommaire N° 40