Petit Peuple : Dujiangyan, les destins croisés du séisme

En 120 secondes, le séisme du 12/05 métamorphosa Dujiangyan (Sichuan): il gomma les partitions des destins de millions d’hommes, d’animaux, de fleuves et de monts. Il rebattit les cartes de la terre, et distribua son chaos absolu là où régnaient des millénaires d’ordre précaire, fruit de civilisation.

A cette humanité ainsi mise à l’épreuve, le flux de forces fatales inspira toutes les formes de réaction, de l’héroïsme pur à la lâcheté abjecte. Il permit aussi l’expression de scènes burlesques: tant cette humanité simple, en cette région d’une douceur trompeuse, restait vulnérable, mal préparée à ce déferlement infernal… En fin de comptes, cette minute d’apocalypse révéla les êtres dans leur fibre humaine pure, noble ou médiocre mais sans fard, comme le Ciel les avait fait !

A Dujiangyan, la secousse, à 14:28, surprit Jia Zhengyuan, ouvrière de 20 ans dans sa chambre : elle venait de recevoir son après-midi de repos, son pied gauche s’étant foulé, et aussi en raison de  son anniversaire, le soir-même! A la 1ère vibration, elle se rua vers la porte, qui resta coincée: l’édifice s’amoncela sur elle, piège noir. Arriva son frère, venu de leur village fêter avec elle : contre les débris, il mena toute la nuit un combat sans espoir, manquant de la faire écraser en arrachant les décombres. Le lendemain, arriva l’armée à la rescousse, 80 hommes, puis le double, qui firent la chaîne pour extraire les moellons, pour étayer… 56heures après, la fille sortait, affaiblie, mais vivante…

Jusqu’alors, Zhengyuan avait supporté son calvaire avec courage. Mais à l’air libre, ayant perdu du sang, elle s’évanouit : c’est alors que pris d’un trait de génie, un des soldats entonna zhu ni shengri kuaile  (祝你生日快乐), l’universel hymne d’anniversaire, repris en choeur par la troupe et le frère: initiative qui la ramena à la vie ! 

Encore à Dujiangyan, quand la secousse fit onduler les murs de sa classe, le professeur Fan Meizhong, jeune diplômé de Beida céda à une terreur minable et  s’enfuit, abandonnant à leur sort ses 40 collégiens tétanisés. Par bonheur, l’école, une des rares bien construites, résista : il n’y eut pas de victimes. Mais depuis, ses élèves décidément observateurs l’ont gratifié du sobriquet de Fan paopao (le petit trouillard qui détale).

Sur internet, Fan a tenté de justifier son acte, affirmant qu’il était parti sauver sa fillette, seul être qui compte à ses yeux. Fan est suspendu -le principal s’apprête à statuer sur son sort.

 Fan ne fut pas le seul frappé de couardise : quand vint la vi-bration épouvantable, n’écoutant que son courage, le mari de mme Zhang détala de leur logis à toutes jambes, laissant à sa meilleure moitié le soin d’assurer seule sa survie. L’un et l’autre s’en sortirent indemnes : mais pas leur mariage ! Dès le lendemain, mme Zhang traînait son poltron de mari au bureau des divorces.

A un jour près, ils y auraient rencontré m. Xing et mme Feng, qui se trouvaient dans la queue des divorçables, au moment  où tremblèrent les entrailles de la Terre : le vacillement de la tour de 21 étages, la terreur glacée au fond de leurs vertèbres leur fit instantanément oublier leurs orages familiaux. Dans les bras l’un de l’autre, ils se promirent, s’ils survivaient, de se remettre ensemble. Réfugiés sous une table, rampant à travers les décombres, cahin-caha, ils descendirent les 21 volées d’escaliers. Arrivés dans la cour, ils s’embrassèrent avec effusion, et se réitérèrent leur promesse de ne plus jamais évoquer cette lubie de séparation, si manifestement contraire aux voeux du ciel !

 

 

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